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pourroit influer en rien sur l’étendue de leur esprit ;i°. parce que le grand elprit, comme je vais le dé-montrer, ne suppole pas la très- grande mémoire ; Sc,2°. parce que tour homme est doué d’une mémoiresuffisante pour s’élever au plus haut degré d’elprir.
Avant de prouver la première de ces propositions,il faut observer que , si la parfaite ignorance sait laparfaite imbécillité , l’homme desprit neparoit quel-quefois manquer de mémoire , que parce qu’on donnetrop peu d’étendue à ce mot de mémoire 3 qu’on enrestreint la signification au seul souvenir des noms ,des dates, des lieux & des personnes pour lesquellesles gens d esprit font fans curiosité , & se trouventsouvent sans mémoire. Mais , en comprenant dans lasignification de ce mot le souvenir ou des idées , oudes images, ou des railonnemens, aucun deux n’en estprivé : d’où il résulte qu’il n’est point d’esprit sans mé-moire.
Cette observation faite , il saut savoir quelle éten-due de mémoire suppose le grand esprit. ChoiíìíTonspour exemple deux hommes illustres dans des genresdifférens, tels que Locke Sc Milton ; examinons si lagrandeur de leur esprit doit être regardée comme l’eftetde l’exrrême étendue de leur mémoire.
Si l’on jette d’abotd les peux íur Locke , Sc si l’onsuppose qu’éclairé par une idée heureuse , ou par lalecture d’Aristote, de Gassendi , ou de Montaigne,ce philosophe ait apperçu dans les sens i’origir.e com-mune de toutes nos idées ; on sentira que, pour dé-duire tout son système de cette première idée , il lui