'4i n E L’ E S P R I T.
Quelle continuité d’attention ne faut - il pas, otípour connoître les lettres, les rassembler, en formerdes syllabes , en compoter des mots ; ou pour unirdans fa mémoire des objets d’une nature différente ,Sc qui ri’ont entre eux que des rapports arbitraires >comme les mots chêne j grandeur amour 3 qui n’ontaucun rapport réel avec l’idée , l’image ou le íenti-mem qu’ils expriment ? II est donc certain que, si ,par la continuité d’attention, c’est-à-dire , par la répé-tition fréquente des mêmes actes d’attention, tous leshommes parviennent à graver successivement dans leurmémoire tous les mots d’une langue,ils font tous douésde la force §c de la continuité d’attention nécessairespour s’élever à ces grandes idées , dont la découverteles place au rang des hommes illustres.
Mais , dira-t-on , si tous les hommes font douésde l’attentlonnécessaire pour exceller dans un genre,lorsque 1 inhabitude ne les en a point rendu incapa-bles, il est encore certain que cette attention coûteplus aux uns qu’aux autres : or, à quelle autre cause,si ce n’est à la perfection plus ou moins grande del’organilation, attribuer cette attention plus ou moinsfacile ?
Avant de répondre directement à cette objection,j’observerai que l’attention n’est pas étrangère à la na-ture de l’homme : qu’en général, lorsque nous croyonsl’attention difficile à supporter, c’est que nous prenonsla fatigue de l’ennui & de l’impatience pour la fatiguede l’application. En effet, s’il n’est point d’hommefans désirs , il n’est point d’homme fans attention»