4 § D E L’ E S P R 1 T.
il faut, comme je l’ai déjà insinué , être animé d’une
pasion.
Dans la première jeuneste, la crainte des châtimenssuffit pour forcer les jeunes gens à l’étude : mais,dans un âge plus avancé , où l’on n’éprouve pas lesmêmes traitemens, il faut alors, pour s exposer à lafatigue de supplication , être échauffé d une paillontelle, par exemple, que l’amour de la gloire. La forcede notre attention est alors proportionnée à la forcede notre paillon. Considérons les ensans : s’ils fontdans leur langue naturelle des progrès moins inégauxque dans une langue étrangère , c’est qu’ils y iontexcités par des besoins à peu près pareils; c’est-à-dire,6c par la gourmandise, Sc par l’amour du jeu , Sc parle désir cíe faire conncître les objets de leur amour Scde leur aversion : or, des besoins à-pc-u-près pareils,doivent produire des effets à-peu-près égaux. Au con-traire, comme les progrès dans une langue étrangèredépendent Sc de la méthode dont se servent les maîtres,& de la crainte qu’ils inspirent à leurs écoliers, & del'intérêt que les parens prennent aux études de leursensans ; on sent que des progrès dépendant de causesíi variées, qui agissent Sc se combinent si diversement,doivent, par cette raison, être extrêmement inégaux.D’où je conclus que la grande inégalité d’elprit, qu’onremarque entre les hommes, dépend, peut-être , dudésir inégal qu’ils ont de s'instruire. Mais, dira-1-on,ce désir est l’effet d’une paillon : or, si nous ne devonsqu’à la nature la force plus ou moins grande de nos