D E l’ E S P R I T. 349
Certains villageois, dit-on , bâtissent un pont : ilsy gravent cette inscription : Le présent pont est sait ici :d’autres voulant retirer un homme d’un puits danslequel il étoir tombé , ils lui passent au cou un nœudcoulant, & le retirent étranglé. Si les bêtises de cetteespèce doivent toujours exciter le rire, comment, dira-t-on , écouter sérieusement les dogmes des bonzes ,des brachmanes & des talapoins 1 dogmes auíîì ab-surdes que l’inícription du pont. Comment peut-on,lans rire, voir les rois , les peuples, les ministres,&même les grands-hommes, se prosterner quelquefoisaux pieds des idoles, & montrer, pour des fables ri-dicules , la vénération la plus profonde ? Comment,en parcourant les voyages, n’est-on pas étonné d’y voirInexistence des íorciers & des magiciens auíîì généra-lement reconnue que l'existence de Dieu, 8c passer,chez la plupart des nations , pour aussi démontrée îPar quelle ration enfin des absurdités différentes, maiségalement ridicules , ne feroient-eiles pas fur nous lapì crue impression ? C’est qu on se moque volontiersd une bénie dont on se croit exempt ; c’est que per-sonne ne répète, á’après le villageois, le présent pontes sait ici ; Sc qu'il n’tn est pas ainsi , lorfqu’il s’agitd’tme pieuíe absurdité- Períonne ne se croyant tout-à-h-.it à l’nbri de l’igncrance qui la produit, on craintde nre de íoi íous le nomd’autrui.
Ce n’eíî donc point, en général, à I absurdité d unrationnement:, mais à i’abíurdité d’une certaine espèced: raisonnement, oison donneìe nom de hêriíe. Onlie peut donc entendre par ce mot, qu une ignorance