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sait si les faveurs d’une belle cantatrice n’euflènt pasproduit en lui cet effet {16) ? Nul ne peut du moins as-surer que du Platon de la France , l’amour alors n’eneût pas fait l’Orphée. Mais quel accident particulierfit entier M, Rousseau dans la carrière de l’éloquence ìC est son secret; je l’ignore. Tout ce que je puis dire»c'est qu en ce genre son premier succès luffisoit pourfixer son choix.
L’académie de Dijon avoir proposé un prix d’élo-quence. Le sujet étoit bizarre (a). 11 s’agilloir de sa-voir j fi les sciences étoient plus nuisibles qu utiles àla société. La seule manière piquante de traiter cettequestion, c’étoit de prendre parti contre les sciences.M. Rousseau le sentit. 11 fit sur ce plan un discourséloquent qui méritoit de grands éloges , & qui lesobtint. Ce succès fit époque dans fa vie. De là, fagloire , ses infortunes & ses paradoxes.
Frappé des beautés de son propre discours , lesmaximes de l’orateur ( 17) deviennent bientôt celles duphilosophe ; & de ce moment, livré à l’amour du pa-radoxe , rien ne lui coûte. Faut-il, pour défendre sonopinion, soutenir que l’homme absolument brute »l’homme sans art, fans industrie , & inférieur atoursauvage connu , est cependant & plus vertueux »& plus heureux que le citoyen policé de Londres &d’Amsterdam ? II le soutient.
(a) Celui qui proposa ce prix crut apparemment que leseul moyen d’être auflì estimable que tout autre, c’est quetout autre fût aussi ignorant que lui.