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Tome troisième.
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b E l’ h o m m e. 195

Les hommes communément bien organisés, fonttomme certains corps sonores, qui, fans être exacte-ment les mêmes, rendent cependant le même nombretìe sons (a): *

Les hommes appercevant donc toujours les mêmestappons entre les mêmes objets , l'inégale perfectionde leurs sens , ne doit avoir nulle influence fur leursHprits. Rendons cette vérité plus frappante, en atta-chant une idée nette au mot Esprit.

(a) Certains corps sonores rendent le même nombrede sons , mais non des sons du même genre : il en est demême de notre esprit. 11 rend, si je l’ose dire , des idéesou des images également belles, mais différentes. selonles objets divers dont le hasard a chargé notre mémoire.

N’ai-je présent à mon souvenir que les neiges, lesglaçons, les tempêtes'du nord , qúe les laves enflamméesdu Vésuve ou de l'Ecla ; avec ces matériaux, quel tableaucomposer ? celui des montagnes qui défendent l’entréedes jardins d’Armide.Mais si ma mémoire, au contraire ,ne me rappelle que des images riantes , que les fleurs duprintemps, les ondes argentées des ruisseaux , la moussedes gazons & le dais odoriférant des orangers, que com-poserâi-je avec ces objets agréables ? le bosquet où l'Amourenchaîne Renaud. Le genre de nos idées & de nos tableauxne dépend donc point de la nature de notre esprit, lemême dans tous les hommes; mais de l’espèce d’objetsque le hasard grave dans leur mémoire, & de l'intérêtqu'ils ont de les combiner.

Tome 111.

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