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félicité sera toujours plus ou moins étroitement liéedans ma mémoire à celle de mes concitoyens : c’cstque le désir de l une produira en moi le désir de sature.D’où il résulte que l’amour du prochain n’est danschaque individu qu’un effet de l’amour de lui-même.Aussi les plus bruyans prôneurs de la bonté origi-nelle (a) n’ont-ils pas-toujours été les plus zélés bien-faiteurs de l’humanité.
Se fût-il agi du salut de l’Angleterre ; pour la sauver,dit-on, le paresseux Schaftesbury , cet ardent apôtredu beau moral ,ne se fût pas fait porter jusqu’au par-lement. Ce n’est point le sens du beau moral, c’estl’amour de la gloire & de la patrie qui forme les Ho-race , les Brutus & les Scasvola {b). Les philosophesanglois me répéteroient en vain que le beau moral estun sens qui se développant avec le fétus de 1 homme,le rend dans un temps (c) marqué , compatissant aux
(a) Les romanciers du beau moral ignorent le méprisque doit avoir pour leur roman quiconque, en qualité deministre, de lieutenant de police & d’homme public, està portée de connoître Inhumanité.
(í) Ce système si vanté du beau moral, n’est au fondque le système des idées innées détruit par Locke, & re-donné de nouveau fous un nom & une forme différens.
(c) Le sens moral, comme la puberté, disent les Shaftes-burystes, ne se développe en nous que vers un certainâgé. Ce sens est, selon eux, une espèce d’excroissancemorale. Or, je demande qu’est-ce qu’un sens ou excrois-sance qui n’est pas physique ? II faut compter beaucoup