seul, ce prince des Cosaques, les faisait subsister ;sans ce secours l’armée eût péri de faim et de misere.Le czar, dans cette conjoncture, fît proposer àMazeppa de rentrer sous sa domination : mais leCosaque fut fidele à son nouvel allié, soit que lesupplice affreux de la roue, dont avaient péri sesamis, le fît craindre pour lui-même, soit qu’ilvoulût les venger.
Charles, avec ses dix-huit mille Suédois, n’avaitperdu ni le dessein ni l’espérance de pénétrerjusqu’à Moscou . Il alla, vers la fîn de mai, investirPultava, sur la riviere Vorskla , à l’extrémité orien-tale de l’Ukraine , à treize grandes lieues du Bo-rysthene : ce terrain est celui des Zaporaviens, leplus étrange peuple qui soit sur la terre. C’est unramas d’anciens Russes , Polonais, et Tartares ,faisant tous profession d’une espece de christia-nisme et d’un brigandage semblable à celui desflibustiers. Ils élisent un chef, qu'ils déposent ouqu’ils égorgent souvent : ils ne souffrent point defemmes chez eux, mais ils vont enlever tous lesenfants à vingt et trente lieues à la ronde, et les«lèvent dans leurs mœurs. L’été ils sont toujoursen campagne; l’hiver ils couchent dans des grangesSpacieuses, qui contiennent quatre ou cinq ceutshommes. Ils ne craignent rien; ils vivent libres;ils affrontent la mort pour le plus léger butin, avecla même intrépidité que Charles XII la bravaitpour donner des couronnes. Leczar leur fît donnersoixante mille florins, dans l’espérance qu’ils pren-draient son parti : ils prirent son argent, et sedéclarèrent' pour Charles XII , par les soins de