2i8 HISTOIRE
retourna au grand galop, contre l’usage ordinairedes Turcs. En s’en retournant il rencontra Fabrice,et lui cria, toujours en courant : « Le roi ne veut«point écouter la raisou; tu vas voir des choses«bien étranges». Le jour même il retrancha lesvivres au roi, et lui ôta sa garde de janissaires:il fit dire aux Polonais et aux Cosaques qui étaientà Varnitza que s’ils voulaient avoir des vivres ilfallait quitter le camp du roi de Suede , et venirse mettre dans la ville de Bender sous la protectionde la Porte. Tous obéirent, et laissèrent le roiréduit aux officiers de sa maison, et à trois centssoldats suédois contre vingt mille Tartares et sixmille Turcs.
Il n’y avait plus de provisions daus le camppour les hommes ni pour les chevaux. Le roi or-donna qu’on tuât hors du camp à coups de fusilvingt de ces beaux chevaux arabes que le grand-seigneur lui avait envoyés, en disant : « Je ne veux« ni de leurs provisions ni de leurs chevaux ». Cefut un régal pour les troupes tartares, qui, commeon sait, trouvent la chair.de cheval délicieuse.Cependant les Turcs et les Tartares investirent detous côtés le petit camp du roi.
Ce prince, sans s’étonner, fit faire des retranche-ments réguliers par ses trois cents Suédois: il ytravailla lui-même ; son chancelier, son trésorier,ses secrétaires, les valets-de-chambre, tous ses do-mestiques , aidaient à l’ouvrage ; les uns barrica-daient les fenêtres, les autres enfonçaient des solivesderrière les portes en forme d’arcs-boutauts.
Quand on eut bien barricadé la maison, et que