SÆa Éloge
les moeurs du siècle ; c’est leur peinturequ’on se propose, c’est leur ton qui doit yrégner.
Ce ton différencie en effet les poésies fu-gitives des siècles divers. Chapelle, plus dé-bauché que délicat, a peint un siecle où lesmœurs n’étoient pas déguisées : le langageétoit franc , mais peu chaste; une libertédégénérée en licence plaçoit la débauche àcôté du plaisir. Chaulieu parut lorsque lacour de Louis XIV commençoit à polir nosmœurs ; les passions avoient encore quelqueressort, il fut inspiré par elles. C’étoit lemoment où la galanterie avoit l’empire , oùla gaieté françoise, légère avec grâce , spiri-tuelle sans recherche et sans pédanterie, fai-soit éclore les bons mots et les saillies dansla libèrté des repas. On étoit déjà aimable,mais on étoit encore passionné. Gresset n’aplus retrouvé ces sources du génie de Chau-lieu : il est venu lorsque la galanterie pen-choit vers son déclin. Les passions, multi-pliées avec la société , s’étoient aminciescomme le métal brillant et ductile étendusur des surfaces ; il y avoit moins de libertéet plus de conventions dans la société ; l’es-prit et le goût en étoient une ; et la gaieté,