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VIES DES SAVANTS ILLUSTRES
plexes. Sans doute la plupart des sciences étaient alors à l'étatembryonnaire; mais, telles qu’elles étaient, les anciens philo-sophes les connaissaient toutes. Ils se servaient des unes pouréclairer les autres, et arrivaient, dans certaines parties, à desrésultats qui étonnent, quand on considère combien étaientfaibles et incertaines les données scientifiques qu’ils possé-daient, et le peu de ressources qui étaient à leur disposition.
A une époque préparée par d’immenses travaux antérieurs,les spécialités apparurent un moment, il est vrai, dans la Grèce .Mais, phénomène merveilleux! elles se rencontrèrent toutesdans un seul homme : nous avons nommé Aristote . Le pre-mier, Aristote dénombra, divisa et classa les sciences, établitchacune sur son domaine propre, comme dans ses limites ra-tionnelles. Mais est-il besoin de faire remarquer que, dans cettedivision opérée par le travail d’une seule intelligence, rienn’était véritablement isolé ? En constituant séparément chaquescience, Aristote ne pouvait s’empêcher de lui communiquerla vie et les lumières qu’elle devait recevoir des autres, et savaste tète les concentrait toutes!
Niais à quel foyer Aristote avait-il emprunté ces lumièresdont le flambeau le dirigea dans la conception de sa gigan-tesque encyclopédie? Dans les nombreux travaux déjà produitspar le génie grec, depuis que la science avait donné ses pre-mières fleurs sous le ciel de l’Ionie ; dans cette vaste encyclo-pédie philosophique, un peu confuse, mais d’une richesse exu-bérante, que nous déroulent les livres de Platon . Ajou-tons que, par son génie essentiellement créateur, Aristote tirabeaucoup aussi de lui-même. Il puisa surtout ses idées dans lesrésultats de ses propres études, poussées à la fois dans toutesles directions, et fécondées par ses méditations puissantes, de-puis le jour où, se séparant de l’académie de Platon , avec cequ’il avait jugé bon d’emporter de cet enseignement, il allavérifier par l’expérience, augmenter par l’observation et dis-tinguer par l’analyse tous ces éléments si variés qui entraientalors dans la philosophie. Car la faculté de bien juger était égalechez Aristote à la faculté de bien voir. Unissant deux grandsdons qui sont presque toujours séparés, son génie était à la foispositif et métaphysique au suprême degré.
Aussi, quand apparut dans toute sa grandeur l’œuvre multiple