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PÉRIODE ANTÉHISTORIQUE
<Vun travail de quarante ans, poursuivi sans relâche, à l'aidede tant de facultés énergiques, ce fut un moment sans égal,non-seulement dans la Grèce savante, mais, on peut le dire,dans l’histoire scientifique de tous les peuples. Nous n’a-vons pas encore à énumérer les nombreux écrits de l’im-mortel philosophe de Stagire ; mais nous pouvons dire, sansescompter les louanges qui lui seront données dans sa biogra-phie, que, de toutes les sciences qu’il a constituées, les unessont sorties complètes de ses mains, à ce point que l’on n’y arien ajouté depuis; les autres, susceptibles, par leur nature,de développement et de progrès, ont été si bien établies parlui sur leurs vrais fondements, qu’on n’a jamais cherché depuisà les en déplacer.
« Rien de ce qui existe, dit Cicéron , ne s’est produit tout« d’une venue; chaque chose a eu son origine et ses accroisse-« ments successifs. » Cette remarque n’est pas moins vraie pourles créations de l’esprit que pour des productions de la matière.Les vastes connaissances d’Aristote prouvent que celles de sesprédécesseurs n’étaient pas tout à fait vaines et creuses ; car lascience complète suppose avant elle une science ébauchée.
Ce sont ces rudiments de la philosophie, ces premières no-tions des sciences exactes, que nous proposons de rechercheret de suivre dans les hommes qui ont travaillé avant Aristote , etqui ont préparé son avènement et son triomphe. En même tempsnous essayerons de faire revivre ces philosophes eux-mêmes,en rapportant ce que les anciens auteurs et les traditions nousont conservé relativement à leur existence et à leur personne.
Les vies de ces grands hommes, voués au culte de la science,ne sont pas exemptes d’aventures, et même de drames, quel-quefois émouvants. À ce sujet, nous ne répéterons pas, avecAI. Cousin, que « la philosophie a été enfantée dans le sang etdans les larmes ». Nous ne croyons pas nécessaire, pour larendre intéressante, d’exagérer le nombre de ses victimes.Une seule a suffi pour vouer à l’opprobre de la postérité toutpouvoir qui attente à la liberté de la pensée humaine. Mais ilfaut convenir, l’histoire à la main, que, si l’on écarte Anaxa-gore, condamné à mort par l’Aréopage, et sauvé par Périclès des effets de la sentence, ainsi qu’Aristote s’exilant volontai-rement d’Athènes , après la mort d’Alexandre, pour échapper