4
VIES DES SAVANTS ILLUSTRES
à des ennemis politiques, la mort de Socrate est sans précé-dent dans l’antiquité grecque et sans exemple dans l’antiquitéromaine. Depuis les temps antiques, le Molocli, affamé dusang des libres penseurs, s’est fait donner bien d’autres vic-times en pâture. Que de gens, dans le moyen âge, et mêmejusqu'au dix-septième siècle , ont péri par le fer ou par lefeu, pour expier des idées auxquelles on ne reprochait mêmepas d'être philosophiques, et dont tout le crime consistait àdifférer de celles du maître ! Combien de bûchers [se sontallumés, combien de tortures ont été subies, pour de simplesquerelles théologiques, ou pour de vains soupçons de sorcel-lerie et de magie !
Les véritables ennemis des savants et des philosophes, dansl'antiquité, étaient l’ignorance universelle du peuple, certainspréjugés vulgaires, —tel que celui qui défendait de toucher auxcadavres,—enfin, la nécessité de s’expatrier pour aller chercherau loin quelques connaissances, soit dans certaines famillesqui en conservaient héréditairement la tradition comme un mo-nopole, soit dans les temples, où les prêtres les cachaient avecun soin jaloux.
Ces voyages, entrepris dans le pur intérêt de la science,n’étaient pas, d’ailleurs, permis à tout le monde, et Dieu saitce qu’ils ont souvent rapporté aux philosophes qui pouvaients’en passer le luxe !
Pour obtenir quelque instruction des prêtres de l’Egypte ,Pythagore est obligé de se faire prêtre lui-même, après avoirsubi dans les temples un noviciat long et rigoureux. A quelquesannées de là, tombé entre les mains des Perses, conquérantsdu pays, il est entraîné par eux à Babylone , comme une piècedu butin de Cambyse !
Démocrite , après avoir consumé la plus grande part de salongue vie dans des voyages scientifiques en Égypte , en Asie etdans les îles de l’Archipel , rentrait dans Abdère , chargé descience et d’années, mais léger d’argent, car l’amour dusavoir lui avait coûté toute sa fortune. Il se voit appliquerpar ses concitoyens la loi portée contre les fils de famille quiont dissipé leur patrimoine, et il passe même longtemps pourfou, aux yeux des Abdéritains, à cause de la manière dont ilemploie sa vie.