PÉRIODE ANTÉHISTORIQUE 11
guerriers vulgaires, avec un lion harcelé par des chacals, est parfaite-ment conforme à ce que nous savons maintenant du caractère de cesanimaux (1). »
Fait assez étrange ! dans ce poème de Y Iliade, consacrésurtout à chanter la A*aleur guerrière des héros de la Grèce , lascience qui paraît la moins avancée, c’est la science militaire.Le siège de Troie ne ressemble en rien au siège d’une ville,comme nous l’entendons aujourd’hui. Entre les assiégés postéssur les remparts, et les assiégeants campés près de leursvaisseaux, règne un intervalle toujours libre, et qui ne seremplit qu’aux heures où les Grecs et les Troyens, à pied oumontés sur leurs chars, viennent se heurter, comme des athlètesdans un cirque. De grands coups de lance, des traits dirigés avecplus ou moins de force et d’adresse, voilà la bataille, telle qu’ellese répète dix ans entiers ! Autour de la ville, point de fossés oude circonvallation, aucune menace d’escalade, aucunes machinesde guerre. On ne doit pas compter comme machine, mais commeappareil de ruse guerrière, le fameux cheval dans lequel leschefs de l’armée grecque eurent, après dix ans de siège, l’ingé-nieuse idée de se faire hisser par-dessus les murs de Troie par lesTroyens eux-mêmes. Ce prétendu cheval n’était qu’un mons-trueux coffre en bois de sapin, figurant la statue de Minerve.
Quant aux douze cents vaisseaux dont se composait laflotte coalisée, ce qu’en dit Homère prouve assez que, malgréla célèbre expédition des Argonautes, l’art de la navigationn’était guère plus avancé chez les peuples grecs, que celui dela tactique. « Les plus grands vaisseaux, dit le poëte, pou-vaient porter jusqu’à cent vingt hommes. « C’est là à peu prèsla grandeur que l’on donne aujourd’hui à un canot.
Quoique Dédale eût déjà inventé la hache, le vilebrequin etla scie, on ne voit pas que l’on ait eu recours à ce dernier outilpour fabriquer les vaisseaux de la flotte qui transporta lesGrecs dans la Troade . Les autres instruments, ainsi que lesarmes des guerriers, étaient de cuivre durci par la trempe ; carle bronze (alliage de cuivre et d’étain) ne fut connu que plustard, et les anciens savaient parfaitement faire ce que nousfaisons assez mal, c’est-à-dire durcir le cuivre par un refroidis-
(1) Histoire des sciences naturelles } 4 e leçon, in-8°, Paris , 1841, 1.1, p. 6.