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VIES DES SAVANTS ILLUSTRES
foi. Sachons conserver intacts et purs ces deux puissants flam-beaux de Lame humaine , et craignons de les affaiblir l'unet l’autre en les faisant entrer dans un dangereux et inutileconcert !
Revenons donc à nos écrivains profanes, et cherchons chezeux les indices, les vestiges, sinon les mouvements, de lascience qui a pu exister dans la période qui précéda l’établis-sement de l’école de Thaïes en Ionie .
Mais, avant d’interroger l'historien Hérodote , il est bon des’adresser à deux sources beaucoup plus anciennes : nous vou-lons parler d’Homère et de son contemporain Hésiode , quivivaient] tous les deux environ trois cents ans après la guerrede Troie, immortalisée par le génie d’Homère .
Les poètes anciens faisaient entrer dans leurs œuvres toutesles connaissances morales, physiques et religieuses de leurtemps. Le poëme épique, devenu si pâle et si creux chez lesmodernes, était alors le genre de composition qui exigeaitla science la plus étendue.
En dehors de ses beautés littéraires, Y Iliade nous présente auplus haut degré le caractère encyclopédique. L’astronomie, lagéographie,lastatistique même, l’histoire naturelle, l’industrie,la médecine, la botanique, l’architecture, la peinture, tous lesbeaux-arts, et jusqu’aux arts mécaniques ou simplement utiles,voilà les éléments, avec beaucoup d’autres encore qu’il seraittrop long d’énumérer, contenus dans cette vaste composition.Chaque savant peut y reconnaître les traces de la science qu’ilcultive.
Les deux poëmes d’Homère , Y Iliade et Y Odyssée, ont vive-ment frappé, sous leur aspect scientifique, l'attention de Cuvier:
« Nous voyons, dit ce savant, par les poëmes d'Homère , que, de sontemps, les arts et les sciences avaient fait de grands progrès. Le com-merce de la Coleliide avait procuré aux Grecs des richesses diverses, desmétaux, des matières tinctoriales, des procédés de divers genres ; ilssavaient forger et tremper les métaux, ciseler et dorer les armes, fabri-quer des tissus et les teindre de brillantes couleurs. La sculpture,l'architecture et la pointure avaient aussi été inventées. L’histoirenaturelle n’était point totalement ignorée, et ce qu’on en savait étaitapparemment assez répandu, car on rencontre dans les poëmes d’Homère un grand nombre de notions sur les propriétés médicinales des plantes,et d’observations fort justes sur les mœurs et les habitudes des animaux.Par exemple, la comparaison que fait Homère d’Ajax poursuivi par des