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VIES DES SAVANTS ILLUSTRES
qu'il avait acquis beaucoup d’instruction, et qu’il réunissait à undegré suffisant toutes les conditions regardées comme néces-saires dans la pratique de l'art d'enseigner ; savoir : une bonneméthode d’exposition et d’enchaînement, jointe à une dictionclaire, précise, élégante autant que possible, mais surtout par-faitement correcte. Les Grecs, à cet égard, étaient beaucoupmoins faciles à satisfaire que nous. Plutarque raconte (1) queDémosthène , qui devait être le plus grand orateur de l’an-tiquité grecque, fut impitoyablement sifflé et obligé de des-cendre de la tribune, non-seulement la première fois qu’il s’yprésenta, mais aussi la seconde, après un intervalle de plus desix mois, qu’il avait consacrés à l’étude du style et du débit ora-toire. Sur ce point, les professeurs et les étudiants d'Alexandrie ne devaient pas être plus faciles à contenter que ne l’avait étéle peuple athénien au temps de Démosthène .
Ptolémée dut satisfaire convenablement aux conditions duprogramme, puisque, après une sorte de stage, il fut attaché àl’observatoire d’Alexandrie .
On peut admettre comme très-probable qu’à l'exemple de laplupart des philosophes grecs, Claude Ptolémée fit quelquesvoyages. Il alla certainement visiter les observatoires et lesbibliothèques des principales villes de la Grèce et de l’AsieMineure. Comment supposer, en effet, qu’il eût composé songrand traité de Géographie sans avoir vu d’autres contréesque les environs de Ptolémaïs et d’Alexandrie , ni parcourud'autre espace que celui qui sépare ces deux villes ? Les roisd’Egypte avaient assigné une certaine somme, tant pour l’en-tretien du Muséum, que pour toutes les dépenses imprévuesnécessitées par l'extension des études scientifiques. Avant Pto lémée , des missions avaient été données à divers membres del'Institut égyptien, pour aller à la recherche des livres rares,ou pour vérifier des observations astronomiques faites, quelquessiècles auparavant, dans des pays éloignés. Il est naturel deprésumer que, du temps de Ptolémée , on donna à d'autressavants des missions semblables, pour aller mesurer ou calculerdes distances géographiques.