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VIES DES SAVANTS ILLUSTRES
térieur, et le monde extérieur agit sur elle, par l’intermédiairede divers appareils organiques, que les conditions de la plus sa-vante harmonie tiennent intimement unis entre eux, dans untout parfaitement un. Mais isolées de ces organes et considéréesindépendamment du monde extérieur, que sont, en elles-mêmes,les facultés de l’àme? C’est ce que nous ne saurons jamais.
Bossuet sentait parfaitement cette difficulté. Aussi commence-t-il son traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même parun résumé de la physiologie de l’homme. Pendant qu’il tra-vaillait à ce résumé, il allait, chaque jour, passer quelquesheures dans le cabinet de dissection de l’anatomiste Duverney.Bossuet ne faisait que suivre, en cela, la méthode des anciens.
Lorsque Hippocrate , appelé par les habitants d’Abdère , seprésenta chez Démocrite , qu’on supposait en état de démence,il le trouva, comme nous l'avons déjà raconté, disséquantdes cerveaux d’animaux. Persuadé que, pour étudier les pro-cédés de l’esprit, il faut d’abord examiner les instrumentsqui paraissent liés à la manifestation de l’àme, et sonder lesmystères de la sensibilité en examinant les organes jjar lesquelselle s’exerce, Démocrite cherchait à étudier la constitutionanatomique du cerveau, afin de remonter des effets à la cause.Nos philosophes modernes n’ont pas suivi cet exemple donnépar un sage de l’antiquité. Ils s’évertuent à étudier l’àme hu-maine sans autre moyen d’observation que l’âme elle-même. Ilsferment les yeux au monde extérieur, et veulent connaître lapartie immatérielle de l’homme sans examiner ses élémentsorganiques. Ils ressemblent en cela, à un homme qui voudraitmarcher dans les ténèbres sans guide et sans flambeau.
On commet aussi une grande erreur en qualifiant de philo-sophes les hommes qui, dans l’antiquité ou dans les tempsmodernes, se sont appliqués exclusivement à l’étude de la psj'-chologie, sans la rattachera aucune des sciences exactes ou na-turelles. Voir dans la psychologie toute la philosophie, c’estcomme si l’on prenait la géographie, la grammaire ou la géo-métrie pour la philosophie. La psychologie, chez les anciens,n’était qu’un des éléments, qu’une partie de la philosophie.
A ce point de vue, nous n’hésitons pas à refuser le titre dephilosophes à ces descendants abâtardis des écoles grecques,qui divaguèrent dans les chaires d’Alexandrie , après l’astronome