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VIES DES SAVANTS ILLUSTRES
d’IIypatie, et se dirigeait souvent d’après ses conseils. Ilvoulut réprimer le zèle trop ardent du patriarche Cyrille, quiinquiétait la belle philosophe, appui du paganisme dans Alexan drie .
Oreste ne craignit pas de prendre contre l’évêque certainesmesures de précaution, que l’on attribua à l’influence d’Hy-patie.
Le malheur voulut que, sur ces entrefaites, un certainHiéraj., qui tenait une école dans Alexandrie , et se trouvait àla tête du parti des chrétiens, vint à périr de mort violente.Ce meurtre était inexplicable. Mais les chrétiens répandirentle bruit qu’il avait été commis à l’instigation d’Hypatie et dugouverneur. Habilement fomenté par l’évêque, le mécontente-ment public devint une sédition. La multitude, ayant à sa têtele lecteur de l’Eglise d’Alexandrie, nommé Pierre, et un groupede fanatiques, s’ameute contre la philosojihe. On se dirige entumulte vers sa demeure. Elle était sortie; mais les assassinsl’attendent à sa porte, sachant qu’elle doit bientôt revenir duMuséum. Hypatie , en effet, ne tarde pas à paraître, montéesur son char. On se précipite sur elle ; on la force de descendredu char, et on la traîne dans une église. Là, ces furieux, aprèsl'avoir dépouillée de ses vêtements, lapidèrent la«malheureuseavec des débris de tuiles et de vases brisés;
La mort de cette femme illustre n’assouvit pas la rage desassassins. Son corps fut coupé par morceaux, qui furent prome-nés dans les rues d’Alexandrie , puis jetés au bûcher.
C’est au mois de mars de l’an 415 après J. C., et sous lerègne de Théodose le Jeune, qu’arriva ce meutre odieux, doubledéshonneur pour le patriarche Cyrille et l’Eglise chrétienned’Alexandrie. La complicité de l'évêque n’était, en effet, miseen doute par personne. L’impunité qui suivit cet [événements’explique par le relâchement de tous les liens de l’ordre socialexistant à cette époque.
Hypatie laissait un certain nombre d’ouvrages, entre autresun Commentaire, sur les travaux du mathématicien Diophante ,un Commentaire sur les Sections coniques d'Apollonius et unCanon astronomique.
Le meurtre d’Hypatie , qui caractérise à la fois et les mœursde la multitude et l’ardente passion dont les sectes étaient ani-