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4 (1869) Savants du dix-septième siècle : Keppler, Galilée, Descartes, F. Bacon, Harvey, Tournefort, Huygens, Denis Papin, van Helmont, Robert Boyle, Nicolas Lémery, Blaise Pascal, Fermat Désargues, Cassini / par Louis Figuier
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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

inexacte de la conduite de Keppler en cette occasion, et dansun Essai sur la vie et la philosophie de Kepler il fait unrécit piquant de cet épisode de la vie du grand astronome.Nous laisserons parler ici le professeur de Poitiers :

« En 1611, dit M. Trouëssart , Kepler avait perdu sa première femmeet laîné de ses enfants. Il lui en restait deux en bas âge. Les devoirs desaprofession, en qualité dastronome et de mathématicien de lempereurdAllemagne , lobligeantà de fréquentes absences, il se détermina à donnerune autre mcre àscs enfants: il avait alors à peine quarante ans. Il confiaà ses amis la mission de lui chercher femme, et dans une lettre assez plai-sante adressée à l'un deux, le baron Strenlendorf, il nous rend lui-mêmecompte de ses poursuites matrimoniales, dans lesquelles, avant de secaser convenablement, il fiappa, en effet, jusqu'à onze portes diffé-rentes; mais nous allons voir si ce fut pour lui une source de jouissancesdamour-propre.

« La première (les onze dames auxquelles il adressa ses hommages,fut une veuve, amie intime de sa première femme, mais quil connaissaitcependant encore fort peu.

« Sous beaucoup de rapports, cétaitun parti très-convenable, a Dabord,dit Kepler, elle sembla disposée favorablement pour la proposition : ilest certain, du moins, quelle prit du temps pour l'examiner ; mais enfin,elle la refusa très-froidement. » Voilà toutes la embûches de cette pre-mière amoureuse. A peine, du reste, Kepler l'avait-il vue; il ne sétaitadressé à elle que par souvenir de sa femme; aussi dit-il à son tour très-froidement : « 11 ny a\ait en elle pas un seul côté qui pût me plaire. »Des autres dames quon lui proposa, l'une était trop vieille, une autred une mauvaise santé, cette autre trop vaine de sa naissance et de sesquartiers de noblesse; une quatrième navait rien appris (pie lusage dubeart monde, « ce qui ne convenait guère au genre de vie quelle devaitmener avec moi. » « Une autre trouva que je ne me décidais pas assezvite : pendant (pie jhésitais, elle trouva un autre admirateur [dus résoluà sauter le pas. » Voila encore une singulière amoureuse de la personnede Képler ! « Le malheur, dans tous ces fragiles attachements, poursuitlastronome, était que, tandis que je différais, comparant et balançant lesraisons pour et contre, je me laissais prendre, chaque jour, dune nou-velle passion. Jen vins à la huitième. La fortune enfin se vengea de mesflottantes inclinations. Dabord la prétendue avait paru donner son con-sentement, ainsi queles prochesdontelle dépendait. Puis voila quelle nesait plus au juste, ni moi non plus, si elle consent, oui ou non. Quelquesjours après la promesse est renouvelée, de telle sorte, cependant, quc-llea besoin dêtre confirmée une troisième fois. Quatre jours après ellereconnaît, il est vrai, qu'elle a donné sa parole, mais elle demande à enêtre dégagée. Sur ce, je ia plantai, et tous mes conseillers m'approu-vèrent. »

« Cette cour est la plus longue quil ait faite ; elle avait duré trois moisentiers, et elle le découragea profondément. Aussi fit-il son adresse à laneuvième, en lui contant ses mésaventures, espérant en retour quelquetémoignage de sympathie. Mais l'épreuve ne réussit pas, et Kepler,réduit presque au désespoir, sabandonna de guerre lasse aux conseils