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SAVANTS I)U DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
avec exactitude le nombre de pots qu’elle pouvait contenir.La méthode autrichienne, beaucoup plus expéditive, était-elle suffisamment exacte? « Question, ajoute-t-il, que peutconvenablement se proposer de résoudre un géomètre nou-vellement marié. « Et là-dessus, il entre en matière, et donnela solution de quelques problèmes de géométrie qui peuventêtre comptés parmi les plus difficiles qu’on eùtabordésjusque-là.
Mais cet ouvrage était trop savant pour obtenir un débitcapable de profiter à son auteur. Keppler , très-peu appréciépar ses contemporains, qui n’étaient pas en état de l'en-tendre, travaillait pour les siècles futurs. Il fut bientôt obligéde joindre le produit de quelques leçons particulières auxappointements fixes qu’il touchait comme professeur de l’écolede Linz , et de vivre avec la plus stricte économie, pour que safamille ne manquât pas du nécessaire. Sa seconde femme luiavait donné sept enfants. Le présent était pour lui un étatde gêne, et l’avenir un perpétuel sujet d’inquiétudes.
Un malheur imprévu vint s’ajouter à tant d’inquiétudes.Keppler fut informé, par une lettre de sa sœur, que leur mère,accusée de sorcellerie, venait d’être jetée en .prison à Stutt-gard. On avait amassé contre la vieille femme tous les griefsordinaires que l’on opposait aux malheureuses victimes decette accusation terrible. Elle avait, disait-on, été instruitedans l’art magique par sa tante, qui avait été brûlée à Weil,comme sorcière. On l'accusait d’avoir de fréquents entretiensavec le diable, — de ne jamais verser de larmes, — de fairepérir les cochons du voisinage sur lesquels elle faisait des pro-menades nocturnes, — de ne jamais regarder personne en face,— et d'avoir engagé le fossoyeur à lui fournir le crâne de sonmari pour en faire une coupe, qu’elle se proposait de donneren cadeau à son fils Keppler.
Ce procès funeste dura cinq ans : la malheureuse accuséepouvait mourir en prison. Keppler multiplia vainement les dé-marches en faveur de sa mère. Il supplia, par écrit, le duc deWirtenberg d’intervenir, pour faire cesser cette persécution.N’avant pu obtenir de réponse à ses placets, il partit de Linz ,en 1020, et se rendit à Stuttgard. Il ne réussit pas à fairemettre sa mère en liberté, il obtint seulement'Me faire hâterl’issue du procès.