JEAN KEPPLER
77
jusqu'à la terre, c'est elle qui attire les eaux dans la zone tor-ride, et quand la lune passe au zénith, les eaux, la suivant dansson cours, doivent monter avec elle plus sensiblement dans lesmers ouvertes et profondes, et avec moins de liberté dans lesmers méditerranées et dans les golfes. L’air suit le môme cours :et de là liait le vent d’est, qui souffle entre les tropiques.
En vain l'astronome Purbach avait-il tenté de rétablir lesdeux solides, détruits sans retour par Tycho. Pour concevoircomment les corps célestes peuvent effectuer leurs mouve-ments, il fallait nécessairement supposer l'espace vide et libre.
La plupart de ces propositions, et d’autres encore que nousomettons pour ne pas sortir des limites dans lesquelles nousdevons nous renfermer, étaient entièrement neuves. Une seule’erreur théorique se trouvait mêlée à ces vérités. La cause quimeut et agite dans l’espace les grands corps célestes, était re-gardée par Keppler comme une force animale, ou vivante.
Cette erreur, du reste, avait été transmise au moyen âge parles livres des anciens. Platon disait que des âmes conduisent lesastres dans leur route à travers les deux.
« Emporté par l'enthousiasme de la vérité, par l’ardeur de son âge, Kep-pler, dit Bailly, entreprit des calculs énormes. Les dimensions des orbitesdes planètes, établies sur l'ancienne hypothèse, lui étaient suspectes; ilétablit de nouveau celles de l’orbite de Mars, en rapportant les opposi-tions au lieu vrai du soleil. Il employa une orbite circulaire, suivantl’usage du temps, et il détermina l’excentricité avec autant d exactitudeque cette hypothèse le comporte; mais comme il entrevoyait une exacti-tude plus grande, il fit des efforts incroyables. Les logarithmes n’étaientpas inventés; le calcul n’était pas alors aussi facile qu’il l'est aujourd’hui,Chacun de ces calculs occupe dix pages in-folio; il les répète jusqu'àsoixante-dix fois : 70 calculs font donc 700 pages. Les calculateurs saventcombien on fait de fautes, combien il faut recommencer, et le tempsqu'exigent 700 pages de calcul. Cet homme était étonnant, son génien'était point rebuté de ces recherches minutieuses et pesantes, et cesrecherches n’usaient point son génie (1). »
Keppler applique le calcul à douze observations de Mars,faites par Tycho (In stellam Martis, ch. nvni et lix) : « Labonté divine nous a donné, dit-il, en Tycho un observateur siexact, qu’une erreur de 8’ est impossible ; il faut remercierDieu et tirer parti de cet avantage. Ces 8’ qu’il n’est pas permis
(1) Histoire de l'astronomie moderne , t. II, p. 51.