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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
grand duc régnant de Toscane , regrettait que Galilée eût aban-donné l'Université de Dise. Il aurait voulu le remettre en pos-session de la chaire qu’il y avait occupée dans sa jeunesse.Quelques extraits d’une lettre de Galilée vont nous mettre aucourant, et des dispositions où notre philosophe se trouvait àcet égard, et des avantages qu’il rencontrait à Padoue .
« Je ne vous cacherai pas, écrivait-il à son correspondant, qu’aprèsavoir employé vingt années, les meilleures de ma vie, à mettre au ser-vice de quiconque s’adressait à moi les faibles talents que Dieu a bienvoulu accorder à mon application et à mon assiduité dans la professionque j'ai embrassée, l'objet de mes vœux serait d’obtenir le repos et laliberté qui me sont nécessaires pour terminer et publier, avant que letombeau s’ouvre devant moi, trois grands ouvrages que j’ai en porte-feuille. Ils pourraient me valoir quelque réputation, ainsi qu’à ceux quim’auraient aidé dans cette entreprise, et par là, je rendrais aux étudiantsde plut grands services qu’il me sera possible de le faire personnellementet d’une autre manière jusqu'à la fin de mes jours. Tant que je serai forcéde soutenir ma famille par mes leçons publiques et privées, il est peuprobable que je pourrai trouver ailleurs plus de loisir que je n’en ai ici.D’un autre coté, il me répugnerait, pour des motifs qu’il serait trop longd’énumérer, de professer dans toute autre ville que celle où je suis fixé(Padoue ). Et cependant je ne jouis pas ici d'une liberté suffisante, parceque, sur la demande du premier venu, je suis souvent obligé de lui con-sacrer mes heures les plus précieuses. Ma rétribution annuelle est de520 florins^ que je suis presque sûr de voir porter au double lors de maréélection, et, en recevant des élèves chez moi, je puis augmenter tantque je le veux ces avantages pécuniaires. Mais les leçons particulièresétant un grand obstacle à mes travaux, je désirerais, si je dois retournerdans mon pays natal, que la première mesure de Son Altesse royale fût dem’accorder tout le loisir dont j'ai besoin pour terminer mes ouvrages, sansêtre obligé de m’occuper de leçons; je voudrais enfin gagner ma vie pardes écrits que je dédierai toujours à mon maître Sérénissime. Les ou-vrages que j’ai à finir sont principalement : 1° Deux livres sur le systèmeou la construction de ïunivers, travail immense, rempli de philosophie,d’astronomie et de géométrie ; 2 U trois livres sur le mouvement local,science entièrement nouvelle, jusqu’ici nul auteur, ancien ou moderne,n’ayant découvert aucun des cas admirables et nombreux que je démontredans les mouvements naturels et violents, ce qui me donne tous lesdroits de l’appeler une science nouvelle et de mon invention jusque dansses principes constitutifs; 3° trois livres sur la mécanique, dont deuxpour la démonstration des principes et un pour les problèmes. Bien qued’autres auteurs aient traité la même matière, il n’en est pas moins vraique tout ce qui a été écrit jusqu’ici ne ferait pas le quart de ce que j’aicomposé sur le même sujet. J’ai aussi différents traités sur la physique,sur le son H la voix, sur la lumière et les couleurs, sur les marées, sur lacomposition des quantités continues, sur les mouvements des animaux. Jeme propose d’écrire aussi quelques lignes sur l’art militaire, où je don-nerai, non-seulement le modèle du soldat, en lui apprenant les règles ri-goureuses de tout ce qu'il est de son devoir de connaître en mathéma-