144
SAVANTS DU DIX-SEPTIEME SIECLE
la sépulture dans le château Saint-Ange , où il était mort pri-sonnier, ce même bûcher était encore fumant au Champ-de-Flore, et il n’aurait fallu, pour le rallumer, qu’une paroleimprudente du malheureux astronome, toujours sous la maindes familiers et des juges du Saint-Office.
Si cette parole inutile « E pur si niuove » n’a pas été pro-noncée parle malheureux vieillard, du moins Galilée témoigna-t-il, par la conduite du reste de sa vie, que la bouche et nonle coeur avait prononcé ce désaveu de sa gloire; et s’il ne futpoint soumis à l’opération matérielle de la torture, il fut con-damné, pendant son procès et ensuite jusqu’à l’heure do lamort, à une torture morale, assurément plus dure et plus poi-gnante pour un homme de génie qu’une passagère souffrancephysique.
On a vu que la sentence du Saint-Office portait la prohi-bition du livre, et la condamnation de Galilée à la prison pen-dant tout le temps qu’il plairait à Sa Sainteté. Le pape commuacette peine en une détention dans la villa Médicis .
Niccolini se livra aux démarches les plus actives pour obtenirdu pape que le temps de la détention de Galilée à la Villa Médicis , fut abrégé. Galilée avait adressé au pape une suppliquedans cette intention.
Le pape accorda au condamné du Saint-Office la permission dese rendre à Sienne , près de l’archevêque Piceolomini, ami fidèle,qui lui avait fait, pendant son procès, ses offres de service.
Galilée partit de Rome , le 10 juillet 1633, pour se rendreà Sienne .
Piceolomini, quoique soumis lui-mème aux ordres du Vatican ,fit tous ses efforts pour adoucir la captivité du vieillard. Issud’une famille illustre, l'archevêque Piceolomini savait tout cequ'on doit de respect et d’égards au génie. Il avait, depuis sajeunesse, une vive affection pour Galilée , auquel il témoignaitla déférence d’un élève pour son maître.
Cependant, tout le plaisir que le savant Florentin eût puéprouver chez un tel hôte, était empoisonné par la privation dela liberté. Il lui était interdit de sortir du palais de l’arche-vêque. Lorsque Piceolomini partit pour la villa où il allait, tousles ans, passer la belle saison, on refusa à Galilée la permissionde l’y accompagner.