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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
quelques belles observations, et même des vues et des intui-tions qui anticipent sur la science moderne. Ainsi, on y trouvela première idée de l’embryogénie, ainsi que le germe de lathéorie de la cellule, cette première partie organique, dontDescartes entrevoit l’importance pour la formation des tissusdans l’animal et dans la plante. La récente découverte de Har-vey, qui était alors très-controversée par les savants en titre,comme il arrive à toutes les grandes découvertes, devient pourDescartes un sujet d’études et d’expériences anatomiques, aussicalmes qu’approfondies. Il ne se range dans aucun parti ; ilne nie pas la circulation du sang, mais il ne veut pas l’admettre :en cela il suit la principale règle de sa méthode, qui consisteà ne rien accepter qui ne se présente à lui avec l’évidence même.Mais, dès que toutes les vérifications sont faites, il ne lui estplus possible de douter, il proclame alors le phénomène dela grande circulation du sang, avec une autorité qui ne dut paspeu contribuer à fermer la bouche aux antagonistes des circu-lateurs.
Descartes ne s’en est pas tenu là. Comme s’il eût attendupour son système la découverte de Harvey, à peine en est-il enpossession qu’il en fait une loi générale, et l’étend à toute lanature. Et tout d’abord, en physiologie, il l’applique aux tissusdont la formation, dans la plante comme dans l’animal, estdéterminée par le mouvement circulaire. Cette grande loi, illa formule en ces termes, dans la deuxième partie de ses Prin-cipes : “ Quod omnis motus in pleno imolvit circulationenquamdam; — « Tout mouvement dans le plein enveloppe une“ certaine circulation, » loi qu’admira Leibnitz et qu’appliquaNewton, » dit M. Foncher de Careil (1).
Pendant les vingt années que Descartes demeura en diverslieux de la Hollande, à partir de 1627, il disséqua presqueconstamment. Dès son arrivée à Amsterdam , il se livra à sestravaux anatomiques, opérant même quelquefois, ce qu’on ap-pelle aujourd'hui des vivisections, et cela sans le moindre mou-vement de pitié; car il ne voyait dans les bêtes que des orga-nisations purement mécaniques. Après sa mort, un cartésiendes plus illustres, Malebranche , faisait encore pis, car il