FRANÇOIS BACON
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se plie néanmoins à tous les caprices du pouvoir royal, et s'enfait le séide, sans s’inquiéter de contredire ses propres théoriessur le droit. Aujourd’hui orateur adoré de l’opposition parle-mentaire, demain courtisan soumis et docile vis-à-vis de ceuxqu'il vient d’attaquer ; hier à l’apogée de sa gloire, investi desfonctions les plus élevées dans la hiérarchie publique de sonpays, aujourd’hui exilé dans un coin de l’Angleterre, et cher-chant une gloire plus durable dans l’étude des secrets de lanature ; voilà comment se montre à nous, dans les différentesphases de sa vie, le chancelier Bacon .
Cette versatilité de caractère, cette inconstance d’esprit etde sentiments, devaient lui faire, de son vivant, autant d’en-nemis que d’admirateurs, lui valoir des attaques aussi bien quedes faveurs. Aussi les opinions de ses contemporains étaient-elles fort partagées sur son compte, et était-il jugé de bien desmanières. On peut dire de lui qu’il ne se lit jamais ni craindreni mépriser, et qu’il tint le milieu entre le respect public et ladéconsidération.
Peu d’hommes ont été jugés de tant de manières differentes,par leurs contemporains et par la postérité. Si William Rawley ,son secrétaire et son premier biographe, ne tarit pas d'élogessur le grand caractère et sur le génie de son ancien maître, etsi sir John Ambrey, son contemporain, nous ditque tout ce quiétait grand et bon l’aimait et l'honorait, d’un autre côté, sirAnthony Weleen déclare qu'il n’a été possible qu’à un siècleindigne et corrompu de juger cet insigne drôle (arrant Knave)digne d’un poste aussi honorable que celui de garde des sceaux.Le poète Cowley salue en lui le Moïse nouveau qui conduit leshommes vers la terre promise de la sagesse. Bayle le place aurang des plus grands esprits de son siècle. Leibnitz déclare« que c’est l’incomparable Vérulam qui, des divagationsaériennes, rappela la philosophie sur cette terre où noussommes, et à l’utilité de la vie, » et il l’appelle Yir ditini in-genïi (homme an génie divin). Pope, dans un de ses poëmes,appelle Bacon - le plus sage, le plus brillant et 1 e plus vil deshommes , » trois hyperboles qui se détruisent les unes lesautres, par leur propre exagération. Voltaire , en parlant deBacon , lui applique le mot de Bolingbroke sur Marlborough :« C’est un si grand homme que j’ai oublié ses vices, » et d’un