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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
autre côté, d’Alembert, dans la préface de \' Encyclopédie , dé-clare qu’en considérant les vues saines et étendues de Bacon , etson style brillant, « on serait tenté de le regarder comme leplus grand, le plus universel et le plus éloquent des philo-sophes. »
Toutes ces appréciations contrastent étrangement. Faut-ildonc s’étonner qu’un pareil Protée soit resté une énigme indé-chiffrable pour la postérité, et que, de nos jours encore, leconcert de ses admirateurs soit troublé par des voix discor-dantes, qui lui dénient tout mérite; que l’Angleterre, et tropsouvent la France, l’élèvent sur le pavois, tandis que l’Alle-magne, dans la personne du chimiste Liebig , le traite de « char-latan et d’imposteur ! »
I
François Bacon naquit le 22 janvier 1500, dans le Strand(l’un des quartiers de Londres ). Son père, sir Nicolas Bacon,déjà âgé à l’époque où François vitlejour, occupait depuis vingtans, la haute position de garde des sceaux de la reine Elisabeth.Il avait épousé en secondes noces, Anne, fille de sir AntonyBooke, l’ancien gouverneur du prince Édouard, qui fut plustard roi d’Angleterre, sous le nom d’Édouard VI .
Sir Nicolas Bacon possédait cette souplesse accommodante,qui paraît avoir été héréditaire dans sa famille. DepuisHenri VIII , à travers le règne réactionnaire de Marie la Ca-tholique, sous laquelle il fit le sacrifice de ses convictions re-ligieuses (il était protestant), et jusqu’à sa mort, qui arriva en1578, Nicolas Bacon avait su conserver sa place et la faveurdes souverains. Il avait une grande aptitude pour les affaires,mais il s’inquiétait fort peu des questions philosophiques. Touteambition lui était étrangère. C’était un homme sobre, modeste,aimable ; son fils a dit de lui qu’il était plein de droiture, sansfinesse ni duplicité. 11 resta fidèle, toute sa vie, à la devisequ’il avait choisie : ifediocria firma. Un jour, la reine Élisabethqui venait lui rendre visite à sa modeste maison de campagne,