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4 (1869) Savants du dix-septième siècle : Keppler, Galilée, Descartes, F. Bacon, Harvey, Tournefort, Huygens, Denis Papin, van Helmont, Robert Boyle, Nicolas Lémery, Blaise Pascal, Fermat Désargues, Cassini / par Louis Figuier
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FRANÇOIS BACON

La reine parut prendre un plaisir cruel à prolonger lesépreuves de Bacon . Elle le chargea décrire lapologie de lacondamnation de son ami. Bacon 11 e rougit pas d'y consentir, etil laissa paraître, pour la honte de sa mémoire, la Déclarationdes pratiques et trahisons tentées et accomplies par llolert ,comte d'Essex.

Nous ne reproduirons pas les considérations par lesquellesses biographes ont voulu excuser Bacon de cette lâche con-duite. Dans tous les cas, sil avait espéré obtenir ainsi autrechose que son pardon, il sétait trompé. On lui refusa, encoreune fois, la place de sollicitor general , quil demandait, etjusquà la fin du règne d'Elisabeth, il ne sortit même pas deses embarras pécuniaires. Privé, depuis la mort du comtedEssex, de son ancienne popularité, peu estimé de la reine,haï des courtisans, persécuté par ses créanciers, il ne pouvaitplus fonder despoir que sur un règne nouveau.

Jacques 1 er , qui succéda bientôt à Élisabeth, renouvela lestraditions de Henri VIII , comme pédant couronné. Après levin, il naimait rien tant quune discussion philosophique surdes subtilités de théologie, ou sur la question du droit divin desrois. Notre Sully lavait surnommé « le fou le plus sage delEurope ». Un pareil souverain devait être disposé à protégerun savant tel que Bacon , dont la renommée, comme philosophe,avait pris quelque consistance. Dailleurs, Bacon ne négligeaitrien pour se rendre le roi favorable, et pour sattirer les faveursdes personnages en crédit à la cour.

Ses basses flatteries eurent un premier succès. Lorsquil allaau-devant du nouveau roi, qui arrivait dÉcosse , il fut nomméchetalier doré (eques aura tus). Ce nétait qu'un titre, maiscétait le gage de faveurs plus sérieuses.

Vers la même époque, en 1603, il se maria; il était alorsâgé de quarante-deux ans. Il obtint la main dAlice Burnham,fille dun riche alderman de la Cité, avec une dot considérable.Dun autre côté, la mort de son frère lavait rendu propriétairede Gorhamburj'. La fortune semblait donc enfin lui sourire. Lemoment aurait été favorable pour lui, de sadonner à ces étudesphilosophiques pour lesquelles il avait si souvent demandé desloisirs. Mais les enivrements du pouvoir lui firent promptementoublier ses sages résolutions.