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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIECLE
La résistance que sir Edouard Coke avait opposée, en plusieurscirconstances, aux volontés du roi, en sa qualité de grand juge,donnait beaucoup de poids aux dénonciations de Bacon . SirEdouard Coke fut accusé d’excès de pouvoir : on lui repro-cha des doctrines contraires aux prérogatives royales. Bref, ilfut cité devant le conseil privé, et contraint d’entendre, àgenoux, la lecture d’une sentence qui le privait de la plupartde ses fonctions. Bacon reçut, à cette occasion, le titre dechancelier du duché de Cornouailles .
Le grand chancelier, lord Ellesmere, était épuisé par les fa-tigues et la maladie. En 1G17, il rendit au roi le grand sceau.Jacques I er conféra aussitôt ce titre à François Bacon. La céré-monie publique dans laquelle il fut investi de cette haute di-gnité, objet des désirs de toute sa vie, se fit avec une grandepompe, et exalta son àme orgueilleuse. On prétend que lenouveau chancelier s’engagea, selon l’usage, à servir, sur lesémoluments de sa nouvelle charge, une pension au duc deBuckingham, à la faveur duquel il devait une élévation si ar-demment désirée.
II
Bacon s’empressa de quitter son humble logis de Grays-Inn,pour le palais de Westminster . Pendant le déménagement, quise fit avec un grand éclat, il fit porter devant lui le grand sceau.Un de ses collègues de Gray's-Inn s’écria, à la vue de ce spec-tacle : « Nous le verrons bientôt retourner en plus modesteéquipage ! »
Bacon , pour célébrer sa nouvelle dignité, donna des fêtessplendides. Il y déploya un luxe princier, que son ami, BenJohnson, a décrit avec enthousiasme. Pendant un voyage duroi Jacques en Ecosse , Bacon résida à White-Hall , où il tintune véritable cour. Il recevait les ambassadeurs, et donnaitdes banquets dans les appartements du roi.
Ébloui par le prestige de la grandeur, il oublia bientôt toute