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FRANÇOIS BACON 261
réserve, et s’engagea dans une intrigue de cour dirigée contreBuckingham , intrigue dont nous omettons le récit, mais quiéchoua, et dont il sortit l'esclave passif, l’instrument aveuglede Buckingham .
Bacon avait annoncé l’intention de n’appliquer le grand sceauà aucune patente de monopole; mais comment refuser quelquechose au duc de Buckingham, dont il avait été forcé d’implorerle pardon? Avant d’obtenir de Buckingham une audience, ilavait été obligé d’attendre pendant plus d’une journée, dansune antichambre, assis parmi les valets, sur une caisse de bois,avec le grand sceau à ses côtés. Ayant été enfin reçu, il s’étaitjeté aux pieds du favori. Après cette scène, on conçoit quelleétait désormais sa situation vis-à-vis de Buckingham .
Son obéissance fut, d’ailleurs, récompensée par de nouvellesdignités. En 1018, il fut nommé lord chancelier, puis pair d’An-gleterre, avec le titre de lord Verulam. Ce nom avait été em-prunté à celui d’une ancienne ville romaine, dont les ruinesappartenaient à la terre de Gorhambury. Trois ans plus tard,il fut créé vicomte de Saint-Alban, du nom d’une ancienneabbaye voisine.
Bacon se montra reconnaissant, à sa manière, de tant de fa-veurs, lorsqu’il eut à juger sir Walter Raleigh . Ce navigateurcélèbre avait été condamné à mort, douze ans auparavant; maison l’avait laissé vivre dans la prison de Tower, où il s’occupaitde recherches scientifiques. Pressé par des besoins d’argent,Jacques I er se souvint du hardi navigateur qui lui avait promisles plus riches mines aurifères de l’Amérique du sud . Il le tirade sa prison, et lui confia une expédition, chargée de rapporterles trésors promis. Sir Walter Raleigh ne trouva point XEldo-rado annoncé, et revint en Angleterre, après avoir eu des con-flits assez fâcheux avec les Espagnols . Le roi, mécontent de saconduite, le fit’ mettre en accusation. Alors les juges, Bacon àleur tète, déclarèrent que l’arrêt de mort, porté seize ans aupa-ravant, contre Walter Raleigh , était toujours valable, et sirWalter Raleigh eut la tête tranchée !
Bacon montra la même complaisance dans le procès du pro-cureur général Yelverton, son ancien ami et collègue, accuséd’avoir inséré dans une charte de la Cité de Londres , des clausescontraires à la prérogative royale. Grâce au zèle avec lequel