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SAVANTS DU DIX-SEPTIEME SIÈCLE
teur du parlement réclama humblement les anciens droits etprivilèges des communes, Bacon répondit que la liberté de laparole ne devait pas dégénérer en licence. Le parlement répli-qua en proclamant les griefs publics contre les abus du pouvoir,et en blâmant l’indulgence que le gouvernement montrait en-vers les catholiques. Bref, la chambre des communes refusa lessubsides, tant que la liberté de la parole et la sûreté personnelledes orateurs de la chambre ne seraient pas garanties.
On alla plus loin. Edouard Coke, qui était devenu le chef del’opposition parlementaire, fît organiser une commission d’en-quête, pour dénoncer les monopoles qui avaient été accordés auxcréatures du duc de Buckingham.
Ainsi menacé dans son honneur, Buckingham eut avec le roide longues conférences. Il fut décidé que l’on sacrifierait quel-ques-uns de ceux que Buckingham avait le plus compromis.
Les premières victimes furent deux concessionnaires de mo-nopoles, sir Giles Mompesson et sir Francis Michell, dont lechancelier Bacon avait scellé les patentes sans se faire prier.
Deux semaines plus tard, Bacon lui-même fut cité devant lecomité d’enquête, présidé par sir Robert Philips. Il était caté-goriquement accusé de corruption. Les deux premières plaintesétaient formulées par deux personnes qui avaient perdu leursprocès, malgré les cadeaux qu’elles avaient faits au grand chan-celier : l'un avait payé cent livres, l’autre quatre cents. Peuà peu le nombre des plaignants se trouvant dans le même cas,s'éleva à vingt-trois.
Le roi et Buckingham avaient décidé d’abandonner le chan-celier, car Jacques I er , dans une dépêche adressée à la chambre,déclarait que, s’il y avait eu des concussions, les auteurs se-raient punis, pour empêcher le renouvellement de ces crimes àl’avenir.
Bacon eut ainsi la mesure de ce qu’il pouvait attendre deses protecteurs. Il comprit alors sur quel fondement fragilereposait cette position brillante, pour laquelle il avait ternila gloire que lui avaient acquise ses travaux, renoncé à laprobité, comme à l’indépendance, flatté d’indignes personnages,persécuté l'innocence, corrompu les juges, abusé les prison-niers, pillé les plaideurs, et dépensé ses talents en de bassesintrigues.