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FRANÇOIS BACON
tu juges l'hypocrisie, tu pèses comme dans une balance les libres penséesdes hommes et leurs actions, tu mesures, comme avec une règle, tousleurs desseins, et ni leur vanité, ni leur perversité ne peuvent t’échapper.Daigne te rappeler, ô Seigneur, quelle marche a suivie ton serviteur àton égard; souviens-toi de mes premières recherches et de mes premièresintentions. J’ai chéri tes fidèles, j’ai déploré les divisions de ton Église,je me suis plu dans l’éclat de ton sanctuaire. Ta création et surtout tasainte Écriture ont été le livre de mes méditations ; je t’ai cherché dansles cours, dans les champs et dans les jardins ;mais je t’ai trouvé dans tontemple. »
Il serait facile de multiplier les citations pour disculperBacon du reproche d’athéisme, qui lui a été adressé par lecomte Joseph de Maistre , dans son Bxamen de la philosophiede Bacon, livre rempli d’exagérations et d’injustice.
Une accusation mieux fondée a été formulée, de nos jours,contre le philosophe anglais, par M. de Liebig, qui a cherché àamoindrir les mérites de Bacon , en insistant sur les défauts deson caractère et sur son ignorance absolue des faits scienti-fiques. Le chimiste de Berlin a beau jeu en prenant pour texteY Histoire naturelle de Bacon , où l’on trouve des passages quiferaient sourire un écolier d’aujourd’hui. L’état de la sciencecontemporaine n’excuse pas de telles erreurs, et il faut recon-naître que Bacon manquait, en physique et en mathématiques, deconnaissances premières. Il ne pouvait pas être en même temps,l’architecte et l’ouvrier, mais il fut excellent architecte, puis-qu’il édifia un système philosophique irréprochable.
« On cherche en vain chez Bacon , dit M. de Liebig, ce feu sacré, cettepassion de la science qui anima les vrais grands hommes, les Kepler, lesGalilée , les Newton. Poursuivis et méconnus, ils n'ont jamais rabaissé lemérite des autres, et jamais l’idée ne leur est venue de réclamer la ré-compense ou l’approbation de la multitude pour des travaux qui portenteux-mêmes leur récompense. A côté de ces grands génies, Bacon noussemble le charlatan, le pitre, qui, debout devant sa boutique, insulte lesconcurrents, exalte ses cures, et crie ses mixtures avec lesquelles il pro-met de ressusciter les morts et de bannir du monde toutes les maladies. #
Ces paroles, outre qu’elles sont de mauvais goût, sont tropsévères. Il est vrai que Bacon , contemporain de Harvey, qui dé-couvrit la circulation du sang, et de Kepler, qui trouva les loisdes mouvements célestes, ne tint jamais aucun compte de cesimmortelles découvertes. Il allait jusqu’à nier le mouvement de