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SAVANTS IJU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
la (erre. Mais de telles erreurs sont si fréquentes, au commen-cement du dix-septième siècle, qu’il ne faut pas trop les re-procher au philosophe dont le regard assuré devançait, surtant de points, les vues de ses contemporains.
Bacon a deviné bien des découvertes scientifiques, qui de-vaient illustrer le siècle suivant. C’est ainsi qu’il imagina uneespèce de machine pneumatique, en se doutant déjà peut-êtrede la pesanteur et de l’élasticité de l’air. Dans le Notumorganon il parle de la vitesse de la lumière, et du tempsqu’un rayon lumineux doit mettre à parcourir l’immensité del’espace ; il se demande si les étoiles que nous voyons briller,existent encore. Il a même parlé de l’attraction de la terre, entermes assez précis, en proposant d’observer si un pendulemarcherait plus vite au sommet d’une montagne qu’au fondd’une mine.
« Bacon , dit Charles de Rémusat , est un écrivain d’une imagina-tion éclatante, qui enseigne des vérités pratiques, et qui séduit l'espriten cherchant à le rendre plus sage. Mais il n’a pas toujours approfondiles vérités qu’il sait embellir; plus rarement encore, il a agrandi lessciences qu'il a célébrées. Il applique avec peu de bonheur et de clartéles méthodes qu’il a prescrites, et ne sait pas toujours pratiquer l’expé-rience savante dont il a pose les règles. Supérieur dans ses vues géné-rales, il manque, dans les questions spéciales, de pénétration et d’exacti-tude. Il indique le chemin, il ne donne pas le fil du labyrinthe. Il a excitéaux découvertes plutôt qu’il n’y a conduit. Dans les sciences, il est unpromoteur, il n’est pas un inventeur (!'.
En résumé, on ne saurait nier que François Bacon de Ve-rulam ait exercé une sérieuse influence sur la science et laphilosophie de son temps. Il formula le programme de la mé-thode scientifique moderne. Il avait le don de parler à l’ima-gination de la foule, et il en profita pour prêcher une vivecroisade contre des préjugés séculaires. Il ne fut pas certaine-ment, comme on l’a dit tant de fois, le créateur de la méthodede l’observation et de l’induction dans les sciences, mais il enformula les principes. Il fut l’avocat, le rhéteur de la philo-sophie nouvelle, et s’il ne fut pas le héros de la science positive,c’est-à-dire le créateur, il en fut le hêrault, c’est-à-dire celui quila proclame et qui l’annonce, comme le huccinator des anciens.