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SAVANTS I)U DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
jouer, ne l’éclairaient d'une vive lumière. Tous les ustensilesde la chimie du temps, aux formes souvent bizarres, se voientici. Les athauors, les cucurbites, les alambics, les bains-marieet bains-de-sable, les soufflets de forge, les creusets, les mi-roirs concaves, pour réfléchir les rayons solaires, les lentillesde cristal, pour la concentration des mêmes rayons, les bas-sines, les spatules, en un mot, tout l’attirail chimique etpharmaceutique du temps, sont rangés méthodiquement autourd’une énorme cheminée. Au milieu de tout cela, le jeune pro-fesseur , sur lequel tous les regards sont fixés, expose lesexpériences et acquisitions nouvelles de la chimie. Il parle destravaux de Glazer, des découvertes de Glauber , des observa-tions de Robert Boyle , de Ivunckel et de Ilomberg. L’auditoire,suspendu à ses lèvres, ne se sent pas de surprise et de joielorsque Nicolas Lémery met sous ses yeux quelque échantillondu phosphore de Kunckel, et le rend témoin des étranges phé-nomènes auxquels donne lieu l’inflammation subite de ce pro-duit au contact de l’air, expérience qu’il sait graduer et varierde mille façons, en véritable artiste. Mais où l’auditoire estréellement charmé, parce qu’il a la conscience d’être initié àl’une des grandes vérités de la chimie nouvelle, c’est lorsqueLémery , se servant d’une épaisse lentille de cristal, pour con-centrer les rayons solaires, transforme subitement un métal,tel que l’antimoine, le plomb ou l’étain, en un produit nouveau,absolument dépourvu des propriétés métalliques, en un oxt'de,ou plutôt en une chaux, comme on l’appelait alors, et démontre,selon les principes de Jean Rey, que cette transformation enchaux tient à ce que le métal a absorbé une partie de l’air, etque, suivant l’expression de Jean Re} r , il s’est « épaissi » enaugmentant de poids.
Nicolas Lémery n’avait pas seulement, pour attirer à lui lafoule, le charme d’une parole éloquente. Établi pharmacien àParis , il s’était promptement rendu populaire, non-seulementpar la bonne qualité des drogues qu’il débitait, mais par millerecettes domestiques, inofiensives et sûres. Il n’avait pas sonégal pour préparer des fards, cosmétiques et eaux de senteurs,propres à entretenir et à relever la beauté des femmes.
Nicolas Lémery , qui s’était fait en si peu de temps, dans lacapitale de la France , une réputation immense, n’avait pourtant