272 CHAPITRE V.
gazonnés s’arrête au massif qui s’élève entre Sainte-Marie-aux-Mines et l aCroix; mais, plus au N. encore, on retrouve plusieurs cimes semblablesdans les montagnes du Ban-de-la-Roche, situées entre Barr et Schirmeck -
Indépendamment de leurs formes semblablement arrondies, tous cesdômes de pelouse ont un aspect complètement analogue. Toujours les forêtsqui couvrent les pentes viennent s’y terminer par des buissons de hêtres nainsde l’apparence la plus chétive. Ces buissons sont généralement déjetés etcourbés au N. E. par le vent du S. O., de manière à faire comprendre que l aviolence de ce vent est la cause principale qui dépouille d’arbres les partiessupérieures des Vosges et n’y laisse croître que du gazon. Le dépérisse'ment des arbres est ici naturel, et la dent des bestiaux qui broutent impi'toyablement leur feuillage n’est que l’auxiliaire des agents atmosphériques-Les éclaircies que présentent les forêts des Vosges à l’endroit de toutesles cimes élevées ont donc existé dans tous les temps, et le langage des h a 'bitants ne pouvait manquer de renfermer un nom approprié à la désignétion de ces pelouses solitaires et culminantes, qui, du temps des druides,jouai-ent nécessairement un rôle dans les pratiques religieuses. On les ap'pelle les chaumes (calvi montes) 1 , et l’une de ces chaumes, qui forme l apartie la plus élevée des montagnes du Ban-de-la-Roche à l’O. de Barria conservé jusqu’à nos jours le nom de Champ-du-Fè, C h a mp -v/ u-Fe u ° uHaut-Champ (en allemand Vieh-Feld ou IIoch-Feld ) 2 . La cime la plus hautede la forêt Noire, groupe de montagnes en tout si semblable aux VosgeSiporte le nom de Feld-Berg. Ces noms indiquent tous un champ élevé, p arconséquent un lieu découvert et dominant, et probablement sacré.
Les hautes chaumes sont pour les Vosges ce que les hautes fagnes soidpour les Ardennes, et les landes pour la Bretagne . Ces trois formesprairies élevées sont éminemment caractéristiques pour les trois régm° snaturelles que je viens de nommer. Chaque région vraiment naturelle p oS 'sède ainsi, presque toujours, quelques formes spéciales, dont l’instinct deshabitants, même les plus anciens, n’a jamais manqué d’être frappé, et doïdle nom revient constamment dans leur bouche lorsqu’ils parlent aux étrangers des particularités de leur pays.
1 Promenades dans les Vosges , par M. Édouard économique et médicale, du Ban-de-la-R° c ^ ie ’de Bazelaire; Paris, i838, pag. 54- Strasbourg , 1806, pag. 3i.
* H.-G. Oberiin, Description géognostique,