il
nommé grand maître, c’est-à-dire directeur de la Monnaie, avecun traitement de 1500 livres (37,500).
Voltaire , s’emparant de ce fait, l’a commenté d’une manièreassez piquante :
« J’avais cru, dit-il, dans ma jeunesse, que Newton avait fait safortune par son extrême mérite. Je m’étais imaginé que la cour et laville de Londres l’avaient nommé, par acclamation, grand maître desmonnaies du royaume. Point du tout. Isaac Newton avait une nièceassez aimable, nommée M ra ° Conduitt; elle plut beaucoup au grandtrésorier Halifax. Le calcul infinitésimal et la gravitation ne lui au-raient servi de rien sans une jolie nièce (1). »
Voltaire est peut-être trop absolu dans son dire, mais on nepeut nier que les attraits de miss Baston (plus tard M me Conduitt)n’eussent quelque peu aidé à la nomination de Newton , querecommandaient, d’ailleurs, pour une telle fonction, ses connais-sances chimiques. ,
Miss Baston était une personne très-remarquable, tout à la foisspirituelle et belle. Elle inspira un profond attachement aucomte d’Halifax, elle résida longtemps dans sa maison, et enreçut, à sa mort, un legs magnifique. D’aucuns parlent mêmed’un mariage secret ; mais le fait n’est pas prouvé. Après la mortdu comte d’Halifax, elle épousa M. Conduitt, et tous deux vinrentse fixer auprès de leur oncle, Isaac Newton , jusqu’à son dernierjour.
Quelle que soit la cause qui eût déterminé la subite fortune deNewton , il ne crut jamais la devoir qu’à son mérite.
D’ailleurs, l’emploi de directeur de la Monnaie n’était pas unesinécure. Voulant se donner tout entier à ses nouvelles occupa-tions, Newton se démil immédiatement de sa chaire à l’Université de Cambridge , en désignant Whiston comme son successeur.
On peut regretter que Newton ait accepté des fonctions publi-bliques, car dès lors il négligea beaucoup les sciences. Il disaitque les affaires du roi devaient passer avant les siennes propres.Son repos n’eût pas moins gagné à la conservation de sonancienne indépendance. En effet, des tracasseries sans nombre,des dénonciations et des procès, vinrent l’assaillir de différentscôtés. Un certain Chaloner, chargé parle Parlement d’une mission