NEWTON
39
tant de là, il a rectifié les dates de tous les événements posté-rieurs, avec citations nombreuses et commentaires ingénieux àl’appui. Il dépensa dans celte œuvre des flots d érudition, pouraboutira des résultats complètement faux.
C’est ce qu’on ne tarda pas à lui prouver. Voici en quels termesArago juge la Chronologie de Newton et les écrits théologiques quil’ont précédée ou suivie :
« En général, en dehors des-questions mathématiques pures ou desapplications de ces sciences à l’explication des phénomènes naturels,Newton ne montra pas cette incomparable sûreté de jugement, jedirai presque cette impassibilité qu’on admirait en lui. Qn peut voircomme preuve de ce que j’ose avancer, son système de chronologie sibien réfuté par Fréret , dès les premiers temps de sa publica-tion (1). »
Ainsi que le fait remarquer Biot (2), il n’est point surprenantque Newton se soit laisser entraîner à des controverses religieu-ses. Cette alliance des sciences exactes avec les discussions théolo-giques était dans les mœurs du temps, surtout en Angleterre. Onpeut citer, comme ayant sacrifié à cette habitude, le grand physi-cien Robert Boyle ; le géomètre Wallis; Barrow, premier maîtrede Newton à Cambridge ; Hooke, rival de Newton ; Whiston, sonélève et son successeur dans la chaire de Cambridge ; Clarke, sonélève aussi, et, de plus, le traducteur de son Optique et l’habiledéfenseur de sa philosophie ; Leibniz , enfin, qui discuta avec tantde fougue la question de la grâce avec les jansénites et rompitde si nombreuses lances contre Bossuet sur le dogme religieux.
L’ouvrage le plus connu de Newton, dans les matières théolo-giques, a pour titre : Observations sur les prophéties de l’Écrituresainte , particulièrement sur les prophéties de Daniel , et sur l’Apo calypse de saint Jean . L’auteur y interprète les prophéties à samanière, en substituant le langage commun au langage figuré,employé dans ces morceaux d’éloquence sacrée. Ensuite, rap-prochant les prophéties des événements, il montre qu’elles sonttoujours justifiées. Les catholiques ne lui pardonneront jamaisd’avoir vu l’Église de Rome dans la onzième corne du quatrième
(1) Notices biographiques, t. III, page 357.
(2) Mélanges scientifiques et littéraires, 1.1, p. 227.