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I
Godefroi-Guillaume Leibniz (pour écrire sou nom comme ill’a toujours écrit lui-même, au lieu de Leibnitz , qu on a lu danspresque toutes les éditions de ses oeuvres pendant un siècle) na-quit à Leipsig, le 21 juin (vieux style), c’est-à-dire, suivantnotre calendrier, le 3 juillet 1646. Son père, Frédéric Leibniz,professeur de morale et assesseur, ou, comme d’autres disent,greffier de l’Université, avait été marié trois fois. Ce fut de la.troisième femme, Catherine, fille du jurisconsulte GuillaumeSchmach, qu’il eut cet enfant, qui fut baptisé, la veille de laSaint Jean, sous les noms de Godefroi-Guillaume.
Cette cérémonie du baptême fut marquée par un fait particu-lier, que l’imagination du père se bâta de transformer en mer-veille. L’enfant, au moment où le prêtre le tenait dans ses bras,leva la tête, l’avança, et reçut le baptême les yeux ouverts, commes’il eût compris ce que cela voulait dire. Et le père de con-signer la chose dans son journal, par les lignes suivantes :
« Je prédis que c’est là un signe de foi. Je prédis aussi que cetenfant, pendant sa vie, marchera les yeux levés vers Dieu , qu’il brû-lera d’amour pour lui, et que cet amour lui fera faire des choses mer-veilleuses pour la gloire du Très-Haut, le salut et la prospérité de sonEglise. »
Frédéric Leibniz ne vécut pas assez longtemps pour voir l'ac-complissement, plus ou moins exact, de sa prophétie. 11 mourutlaissant son fils âgé de six-» ans, avec d’autres enfants. Heureuse-ment leur mère était une femme aussi distinguée par l’esprit quepar le cœur. Elle honora sou veuvage en se consacrant unique-ment à l’éducation de ses enfants. Elle exerça, dit-on, une inlluencemorale très-marquée sur le caractère de Godefroi-Guillaume, qui,par son intelligence pieuse, donnait déjà beaucoup à espérer.
Aussitôt après la mort de son père, il avait été envoyé au gym-nase de Saint-Nicolas, l'école la plus renommée qu’il y eût alors