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comme celles de Hobbes et de Puffendorf , qui détruisent parune autre voie la vérité des principes, et corrompent la nature de cesvérités morales, éternelles en ruinant la foi et l’immortalité de l’âme,il distingue trois degrés de droits : le droit strict, l’équité et la piété oula probité ; la piété ou l’amour est ainsi le sommet de la justice, et dece sommet sacré seulement, le prêtre de la justice appelle et saluel’harmonie universelle, à savoir Dieu . Car Dieu et l’harmonie uni-verselle ne font qu’un, comme la source et l’eau qui en découle; lajustice et l’amour s’y confondent et le bonheur est en harmonie. •
Boinebourg engagea vivement Leibniz à publier ce livre. Lemanuscrit à peine remis aux mains des imprimeurs, Leibniz reçut une lettre de son nouvel ami, lui annonçant que l’Électeur deMayence l’invitait à venir à sa cour, pour y recevoir des marquesde son estime. Notre jeune philosophe se rendit à cet appel.
11 fut très-honorablement accueilli par l’Électeur, auquel, parreconnaissance, il dédia son ouvrage, qu’il compléta l’année sui-vante, en y ajoutant un nouveau corps de droit, intitulé Corporisjuris reconcinnandi ratio.
Dans ce dernier ouvrage, Leibniz proposait de réduire le corpsentier du droit à neuf chefs, comprenant, le 1 er , les principes ~généraux du droit et des actions, — le 2 e le droit des penseurs,—le 3 e les fragments, —le 4° les droits réels, —le 5 e les contrats,—le 6 e les successions,— le 7° les crimes, — le 8 e le droit public,—le 9° le droit sacré.
Cet ouvrage fut d’autant plus admiré par les savants de l’Allema gne,que l’auteur n’avaitencore que vingt-deux ans.Ce n’était pour-tant que le programme d’une grande entreprise qu’il méditait,et qui n’allait à rien moins qu’à doter son pays d’une législationuniforme. Seulement il aurait fallu, pour réaliser sur ce pointl’harmonie qui dominait dans toutes les conceptions de Leibniz ,l’accord et le concours de tous les souverains du corps germanique.Cette condition lui ayant manqué, Leibniz dut laisser inachevéson projet d’unification de l’Allemagne .
C’est ce même projet que le roi de Prusse essaye en ce momentde reprendre, — à son profit, bien entendu.
Quoi qu’il en soit, Leibniz peut être regardé, dès à présent,comme un jurisconsulte consommé, et il va bientôt inaugurer parun coup d’éclat sa carrière de publiciste. Nous ne voulons pasparler d’un mémoire qu’il fit, vers ce temps, à la sollicitation dubaron de Boinebourg, pour soutenir les prétentions du prince