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SAVANTS DU DIX-IIUITIÈME SIÈCLE
largir ses sujets, et de traiter souvent une question à l’occasion d’uneautre, il propose, dans sa brochure, des moyens de perfectionnerla logique, et il expose les défauts de celle qu’on suivait alorsdans les écoles.
Tel est bien l’esprit qui règne dans les ouvrages de Leibniz . Ilsait tirer parti de chaque sujet au profit de ses idées propres, etvoilà pourquoi tout sujet lui est bon. Plus tard, dans sa fameusecontroverse avec Bossuet et Pellisson, laquelle était une tentativefaite pour la réunion de toutes les églises chrétiennes, il manqueraà la vérité le but, en récusant jusqu’à la fin l’autorité duconcile de Trente , qui est la loi de ses adversaires; mais il établira,par des raisons victorieuses, le principe, alors tout nouveau, de latolérance.
Au fond, Leibniz , qui se laissait trop volontiers distraire de sesgrands travaux scientifiques pour argumenter avec les théologiens,ne tenait pas ses adversaires en grande considération. C’est ceque prouvent les lignes suivantes, que nous trouvons dans sesNouveaux essais sur Ventendement humain :
« Si quelqu’un venait de la lune parle moyen de quelque machineextraordinaire, comme Gonzalez, et nous racontait des chosescroyables, de son pays natal, il passerait pour lunaire, et cependanton pourrait lui accorder l’indigénat avec le titre d’homme, toutétranger qu’il serait à notre globe. Mais s’il demandait le baptême,et voulait être reçu prosélyte de notre loi, je crois qu’on verrait degrandes disputes s’élever parmi les théologiens. Et si le commeroeavec ces hommes planétaires, assez approchants des nôtres, selonM. Huygens, était ouvert, la question [mériterait un concile uni-versel, pour savoir si nous devrions étendre le soin de la propaga-tion de la foi jusqu’au dehors de notre globe. Plusieurs y soutien-draient sans doute que les animaux raisonnables de ce pays n’étantpas de la race d’Adam, n’ont point de part à la rédemption de Jésus-Christ; mais d’autres diraient peut-être que nous ne savons pas nioù Adam a toujours été, ni ce qui a été fait de toute sa postérité,puisqu’il y a eu même des théologiens qui ont cru que la lune a étéle lieu du Paradis ; et peut-être que, par la pluralité, on conclu-rait, pour le plus sûr, qui serait de baptiser ces hommes douteuxsans condition, s’ils en sont susceptibles. Mais je doute qu’on voulûtjamais les faire prêtres dans l’Église romaine, parce que leurs con-sécrations seraient toujours douteuses, et on exposerait les gens audanger d’une idolâtrie matérielle, dans l’hypothèse de cette Église. »