D’ALEMBERT
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préférer les douceurs de son repos olympien à tous les honneuisde la lutte et du martyre, et de tenir prudemment fermée devantle peuple une main toute pleine de vérités. Mais ce tempéiamentsi peu héroïque, était-il bien ce qui convenait à la philosophied’un siècle aussi troublé que celui où vivait d Alembert , et qui fut,surtout dans sa dernière moitié, l’époque d une rénovation radi-cale de toutes les idées philosophiques, politiques et sociales? Nousne le croyons pas, et nous sommes presque sûr que d’Alembert nele croyait pas toujours lui-même.
Quoiqu’il en soit, on va reconnaîtrequ’ici encore, toute sa con-duite est parfaitement d’accord avec sa profession de foi. La polé-mique que lui suscita son article Genève , avait été le premier, etfut le seul trouble qu’il eut à éprouver comme collaborateur de1 'Encyclopédie. Il ne voulut pas entrer plus avant dans l’action.Par une déférence craintive pour l’autorité qui avait suspenducette publication, il abandonna les fonctions d’éditeur de Y Ency-clopédie, qu’il avait jusque-là partagées avec Diderot , et laissa cedernier achever son œuvre comme il pourrait. Il déclara vouloirse renfermer uniquement, à l’avenir, dans les mathématiques, etil tint parole, malgré tous les efforts de ses amis, et de Voltaire lui-même.
Ce qu’il y a d’étrange, c’est que d’Alembert était assurément
I esprit le plus hardi de tous les philosophes du xvni 0 siècle. Plusincrédule que Diderot , qui avait de temps en temps quelque accèsde foi et des boutades de sentiments religieux, d’Alembert nousapparaît armé d’une conviction froide, réfléchie, raisonnée ; seu-lement il ne laissa jamais transpirer ses opinions dans ses écrits.
II obéissait ainsi à la règle de conduite qu’il s’était tracée, et quiconsistait à éviter le chemin qui mène à la prison de Vincennes .Mais ses opinions se révèlent en toute liberté, dans sa correspon-dance avec Voltaire , que l’on a publiée après la mort des deuxphilosophes. G est dans ces lettres, si spirituelles, qu’il faut cher-cher le catéchisme de d’Alembert. C’est là que le fameux refrainEcrasons l'infâme! revient avec une triste et monotone fréquence.
Mais même dans sa correspondance avec le grand homme deFerney , d’Alembert ne dépouillait pas en entier son naturel. Ilexcitait constamment Voltaire à le dépasser en hardiesse ; si bienque ce dernier s’en apercevant, l’appela Bertrand dans ses lettres,et signa, lui-même : Raton. C’était une allusion à leurs rôles res-