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5 (1870) Savants du XVIIIe siècle : Newton, Leibniz, D'Alembert, Euler, Bernouilli, Fontenelle, Linné, Boerhaave, Haller, Spallanzani, Jussieu, Réaumur, Buffon, Condorcet, Rouelle, Lavoisier / par Louis Figuier
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LINNÉ

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acquérir tout naturaliste, tout savant, qui possède une connais-sance vaste et approfondie des êtres quil passe sa vie à observer.

Linné créa donc ses ordres naturels, sans avoir eu de planprémédité, sans avoir consulté aucun ensemble bien défini dor-ganes. Cest ce que paraît prouver lentretien suivant quil eutavec un de ses élèves, nommé Gisèke, entretien qui nous a étéconservé, par Gisèke lui-même, et quil ne sera pas sans intérêt derapporter. Nous laisserons parler chaque interlocuteur :

« Linné . Est-ce que vous croyez, mon cher Gisèke, pouvoir donnerle caractère dun seul de mes ordres?

Gisèke. Oui, sans doute : par exemple celui des Ombellifères.

Linné . Et quel est-il ?

Gisèke. Celui- môme dêtre ombellifères, cest-à -dire de porterdes fleurs disposées en ombelle.

Linné . Fort bien; mais ne vous rappelez-vous pas quelques plantesdont les fleurs sont aussi en ombelle et qui cependant nappartiennentpas à cet ordre ?

Gisèke. Il est vrai, je me souviens de quelques-unes; jajouteraidonc deux semences nues.

Linné . Alors lEchinophore ne sera pas de cet ordre, car elle naquune semence dans le centre du pédoncule, et cependant cest uneombellifère ; et mettrez-vous lEryngium ?

Gisèke. Parmi les Agrégées.

Linné . Point du tout. Cest très-certainement une ombellifère,car elle a un involucre, cinq étamines, deux pistils, etc. Quel seradonc son caractère ?

Gisèke. De telles plantes doivent être rejetées à la fin dun ordrepour servir de passage à un autre. UEryngium joindrait les Ombel-lifères aux Agrégées.

Linné . Oh ! oh ! ceci est autre chose, cest toute autre chose de con-naître les passages et de donner les caractères. Je les connais très-bien,Çtje sais comment lun doit être joint à lautre.... Il y avait autrefoisici un de nos élèves nommé Fagraux, et qui maintenant est à Saint- Pétersbourg , jeune homme très-laborieux. Il sentêta du projet dedécouvrir la clef de mes ordres, il y travailla près de trois années etenvoya son rêve. Pour moi, jen ris bien. Enfin, je sais une chose,cest que si je donnais une seconde édition de mon livre, je donneraisune seconde disposition de mes ordres. »

Dans une lettre de Linné au même botaniste, on trouve leslignes suivantes :

« Vous me demandez les caractères de mes ordres, mon cher Gisèke ;je vous avoue que je ne saurais les donner. »

Si lon considère que les caractères distinctifs invoqués par