LINNÉ
S31
France ; les noms des élèves qu’il a formés, leurs voyages. Iltermine sa préface en remerciant de toutes les graines et detoutes les plantes qui lui ont été généreusement envoyées de toutesles parties du monde par différents botanistes.
La même préface se termine par une apostrophe à ses ennemisfi t à ses critiques, qui est la plus belle réponse qu un homme detalent puisse faire à d’injustes critiques. Nous la traduisons pourqu’elle serve d’exemple et de conseil aux hommes de mérite atta-qués par l’envie :
« Je n’ai jamais, dit Linné , renvoyé à mes ennemis les traits qu’ilsui’ont lancés. Les critiques, les injures, les mauvaises plaisanterieset les attaques de l’envie, qui ont toujours été la récompense des tra-vaux des grands hommes, je les ai souffertes avec tranquillité. Riende tout cela ne m’a enlevé seulement un cheveu. D’ailleurs, combléd’éloges par les botanistes les plus fameux, comment ne supporte-rai-je pas les méchants, ceux qui doivent rentrer dans la poussière àl’aspect de la gloire de ces hommes illustres. L’âge auquel je suis déjàparvenu, ma profession et mon caractère, me défendent de relever lemauvais gant de mes adversaires. En histoire naturelle les erreursne peuvent se défendre, ni les vérités se cacher : c’est à la postéritéque j’en appelle. »
Le Species plantarum contient toutes les plantes que Linné connaissait alors; elles formaient seulement 7,300 espèces.
C’est là que Linné a commencé à donner à chaque plante cequ’il appelle un nom trivial. C’est une seule épithète qui exprime,autant qu’il est possible, la différence qui sépare la plante desautres espèces congénères. L’invention de ces noms triviaux aidasingulièrement la mémoire des botanistes du dernier siècle. Eneffet, avant l’adoption de ces noms, on employait de très-longuesphrases, pour désigner les espèces. Voulait-on parler, par exemple,d une Graminée que l’on appelle aujourd’hui, selon la nomen-clature Linnéenne, Poa bulbosa, on disait : Gramen Xerampelinum,Miliacea, prœtenui ramosaque sparsa panicula, sire Xerampehno ,congener, arvense, œstivum, gramen minulissimo seminel Quel chaosn’était pas une science qui, pour désigner une espèce, avaitbesoin d’un semblable appareil.
1 Rien n’était plus maussade et plus ridicule, a dit à ce proposJ.-J. Rousseau, lorsqu’une femme ou quelqu un de ces hommes quileur ressemblent, demandait le nom d une herbe ou d une fleur dejardin, que la nécessité de cracher, en réponse, une longue tirade demots latins, qui ressemblait à une évocation magique. »