LES QUATRE JUSSIEU
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De tous ses travaux, de quarante années consacrées à la science,il ne lui resta que quelques manuscrits relatifs à l’histoire natu-relle du Pérou .
Quand il fut revenu au foyer de la famille, son frère Bernardfit vainement toute espèce d’efforts pour obtenir de lui des rela-tions écrites et des mémoires. Il avait tout perdu, écrits et couragemoral. Les fatigues et les chagrins avaient affaibli sa tête. D’ail-leurs, ses habitudes, ses manières, sa langue même, étaient deve-nues presque tout à fait espagnoles. Les deux frères se retrou-vaient quand il n’était plus temps. D’une si longue séparation, quiavait, au début, donné tant d’espérances, il ne restait qu’un vieil-lard infirme et ayant perdu, avec ses collections et ses manus-crits, la force d’esprit et la mémoire nécessaires pour évoquer etfixer les résultats de ses nombreux et périlleux voyages dans desrégions encore à peine explorées !
Joseph de Jussieu mourut en 1779, dans un état complet d’en-fance. Il avait été élu, au mois de mai 1748, membre de l’acadé mie des sciences . Condorcet fait remarquer que, par une singu-larité unique, « il fut académicien pendant trente-six ans sansavoir jamais paru à l’académie (1). »
Ses manuscrits, comme tous ceux des Jussieu, sont conservésaujourd’hui à la bibliothèque du Muséum d’histoire naturelle deParis , par la volonté des héritiers de cette illustre famille.
LAURENT DE JUSSIEU
« Il y a dans la science, dit M. Ad. Brongniart, dans l’excellente no-tice historique qu’il a consacrée à la mémoire d’Antoine-Laurent de Jussieu , des hommes qui ont été occupés d’une seule idée, mais d’uneidée grande, importante, féconde en conséquences, et qui, par des tra-vaux d’une étendue moindre en apparence que ceux de beaucoup desavants, ont cependant exercé sur la marche des sciences une im.mense influence, parce que ces travaux sont souvent la base de l’édi-fice construit par leurs contemporains ou par leurs successeurs.
ï L’homme célèbre dans tout le monde savant, vénéré de tous ceuxqui l’ont connu, à la mémoire duquel nous voulons consacrer quel-ques pages, était dans ce cas. On peut dire qu’un seul volume à faittoute sa réputation. Les travaux qui l’ont précédé, n en étaient que le
(1) Éloges, in-8°, t. II.