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SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
Quant à son cabinet de travail, il l’établit sur une sorte derocher, complètement isolé des autres constructions, et à quarantepieds au-dessus de la terrasse du château. Ce cabinet consistait enune pièce très-simple, lambrissée en chêne et éclairée par troispetites fenêtres, percées au couchant. Buffon allait chaque jourécrire et méditer dans ce lieu inaccessible, aussi élevé que l’aired’un aigle.
En 1749, parurent les trois premiers volumes de l 'Histoirenaturelle , contenant la Théorie de la terre et l’Histoire de l’homme.La hardiesse des pensées et la majesté du style, que l’on admiredans ces deux ouvrages, produisirent une impression profonde, etle succès prit immédiatement des proportions inouïes.
i La première édition, écrit Buffon à son ami le président de Ruf-fey, quoique tirée en grand nombre, a été entièrement épuisée en sixsemaines; on en a fait une seconde et une troisième. L’ouvrage estaussi déjà traduit en allemand , en anglais et en hollandais . »
Ces ouvrages ouvrirent à Buffon les portes de l’académie fran çaise . Il fut élu le 23 juin 1753. Dès 1750, un fauteuil lui avaitété offert ; mais il s’était retiré alors devant son compatriote, lepoète Piron, qui ne fut point nommé alors, ni dans la suite, etqui s’en vengea par l’épigramme, ou plutôt l’épitaphe anticipéeque chacun connaît (1).
Le 25 août 1753, jour de sa réception, Buffon prononça soncélèbre Discours sur le style. Disons à ce propos que la tradition aquelque peu altéré sa pensée. L’illustre écrivain n’a point dit :
« Le style, c’est l’homme, » comme on le répète tous les jours ;voici ses propres paroles :
« Les ouvrages bien écrits seront les seuls qui passeront à la pos-térité. La quantité des connaissances, la singularité des faits, la nou-veauté même des découvertes, ne sont pas de sûrs garants de l’im-mortalité; si les ouvrages qui les contiennent ne roulent que sur depetits objets, s’ils sont écrits sans goût, sans noblesse et sans génie,ils périront, parce que les connaissances, les faits et les découvertess’enlèvent aisément, se transportent, et gagnent même à être mis enœuvre par des mains plus habiles. Ces choses sont hors de l’homme;le style est de l’homme même. Le style ne peut donc ni s’enlever, ni setransporter, ni s’altérer : s’il est élevé, noble, sublime, l’auteur seraégalement admiré dans tous les temps; car il n’y a que la vérité quisoit durable et même éternelle. »
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Ci-gît Piron qui ne fut rien,Pas même académie ion.