ROUELLE
Pour reposer un moment notre attention des graves personnagesqui composent la galerie scientifique que nous parcourons avecle lecteur, nous nous arrêterons ici quelques instants, le tempsseulement de détacher de son cadre et de porter au grand jour unportrait souriant. Le regard du personnage est vif, le front .hautet fier, la bouche railleuse et toute prête à lancer le sarcasme. Ceportrait est celui de Rouelle, Rouelle l’aîné, comme on l’appelait,pour le distinguer de son frère Hilaire-Marin, ou Rouelle le jeune,et si l’on veut Rouelle second !
Rouelle, le grand, le vrai, s’est immortalisé dans l’histoire dela chimie, pour avoir découvert, on peut le dire, le groupe dessels; pour avoir, en d’autres termes, défini exactement.(ce quin’avait pas encore été fait jusqu’à lui) les sels comme groupechimique; pour avoir posé leurs genres et leurs espèces. Mais,outre ce mérite , outre la gloire d’un long enseignement auJardin du Roi, et le bonheur qu’il eut de former la plupart deschimistes praticiens qui devaient paraître à la fin de ce siècle, lesMacquer, les Darcet , les Cadet, les Berthollet , les Lavoisier , ileut l’avantage • de vivre mêlé à toute la société scientifique deson temps , d’être en commerce intime avec tous ces hommes,qui étaient l’honneur de l’esprit français et la gloire de laphilosophie. Il vécut au milieu d’eux, sur le pied d’une inti-mité constante, dans les réunions qui se tenaient au Jardin
t. v.
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