ROUELLE
443
il en corrigea les imperfections, et réunit toutes les parties de lascience par des rapports plus nombreux. La chimie végétale est cellequi doit le plus à ses efforts ; c’est là surtout qu’il se montra supé-rieur. Ses procédés d’analyse servirent de base à toutes les découver-tes qui se multiplièrent vers la tin de son siècle; en un mot, ce fut luiqui, selon l’expression de Vicq-d’Azyr , fournit le creuset où toutesles connaissances acquises jusqu’alors vinrent se fondre et s’épurer.
» Rouelle n’opéra pointdansla chimie une de ces révolutions qui fontépoque dans l’histoire des sciences; mais il prépara les éléments decelle qui éclata peu de temps après lui. Il travailla sans relâche, etd’après un plan arrêté, au perfectionnement de l’art; il excita l’ardeurdes jeunes adeptes; il inspira le goût, la passion des recherches, etfut réellement le chef de cette jeune école qui, plus tard, exécuta avectant de bonheur la réforme des idées et des connaissances chimiques.Il eut pour disciples tout ce que la France produisit de chimistes, onpourrait dire de savants, dans la seconde moitié du xvni e siècle. AinsiRouelle jeune, Venel, Cadet, Macquer, Darcet , Roux, Bucquet,Bayen, Lavoisier lui-même se faisaient honneur d’appartenir à sonécole, et ne parlaient de Rouelle qu’avec une admiration mêlée derespect. Les étrangers venaient en France , attirés par sa renommée;une éducation scientifique n’eût pas été complète, si l’on n’eût passuivi un de ses cours. L’Europe fut bientôt remplie de ses élèves, et lapublicité ne manqua point à ses excellentes leçons, car elles étaientdans la mémoire de tous les chimistes contemporains, et elles exis-taient manuscrites dans les mains de tous les amis de la science (1).»
Rouelle le jeune , qui remplaça son frère, comme professeur auJardin du Roi, se lit connaître,à son tour, par d’excellents travauxchimiques. Son frère lui avait également laissé sa pharmacie de larue Jacob, qu’il dirigea jusqu’à sa mort.
L’une des filles de Rouelle le jeune épousa Jean Darcet , sonélève, qui fut la souche de la famille des Darcet , famille chère àla science, et qui s’est continuée jusqu’à nos jours dans la per-sonne de Joseph Darcet, mort en 1844, directeur de la Monnaiede Paris.
Après la mort de Rouelle le jeune, la pharmacie de la rue Jacobpassa entre les mains de Bertrand Pelletier , dont le nom est ins-crit avec honneur dans l’histoire de la chimie, et de nos jours,enfin, dans celles de Joseph Pelletier , à qui l’on doit la découvertede la quinine, l’un des plus grands bienfaits que l’humanité aitreçus des mains réunies de la science et de l’art.
(1) Études biographiques, etc., pages 257-262.