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SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
emportaient les esprits. "Vers ces questions d’une nouveauté siséduisante l’entraînement était universel et souvent passionné.
En France , Rouelle avait fait connaître les sels ; en Angleterre,Cavendish et Priestley multipliaient, avec une activité merveilleuse,les dévouvertes sur les gaz ; tandis que Bergmann en Allemagne ,et Scheèle , en Suède , étendaient sans relâche la liste des acquisi-tions nouvelles. Les découvertes, les faits inattendus, se succé-daient avec une rapidité incroyable, et les recueils périodiques nesuffisaient plus à enregistrer les travaux des chimistes.
Dans l’édification de son système, Stahl avait surtout considéréles phénomènes de la combustion, dont il donna l’admirable syn-thèse qui nous est restée. Mais naturellement il n’avait pu s’ap-puyer que sur les faits connus à son époque, et il n’avait pas tenucompte des gaz, qui avaient encore à peine été étudiés. Son sys-tème devait tomber devant les progrès ultérieurs de l’observation,et devant les notions nouvelles apportées par la découverte des gaz.
On reconnut bien vite, en effet, que l’hypothèse du phlo-gistique était insuffisante pour donner la raison des faits nouveauxqui surgissaient tous les jours. Aussi les phlogisticiens prennent-ilsbientôt l’alarme, et ils s’empressent d’arranger la doctrine sur lesbesoins nouveaux.
Buffon porta une première atteinte à l’unité du système,en faisant du phlogistique la matière de l’air et du feu fixés.Baumé le regarda comme l’élément du feu combiné avec unprincipe terreux. Enfin Macquer le présenta comme la matièrepure de la lumière combinée aux corps; spéculation nouvelle quidéjà n’avait plus rien de commun avec le dogme originel de Stahl,et qui suffit pourtant pour retarder la défaite des phlogisticiens.L’hypothèse de Macquer était développée, en effet, avec un art,une subtilité et un esprit infinis. Mais quelle grave présomptioncontre une doctrine, quand il faut tant d’esprit pour la défendre !
Après Macquer, qui mourut à propos, et n’assista pas à la dé-route définitive, la confusion se répandit parmi les phlogisticiens.Chacun entendait les phénomènes à sa manière ; chacun secréait un phlogistique à son usage, et le remaniait sans cesse, pourle plier à l’exigence des découvertes nouvelles. C’étaient des tem-péraments, des accommodements, des expédients sans fin. Lagrande pensée de Stahl disparaissait sous la multiplicité desinterprétations. Elle s’atténuait, elle se rapetissait sans cesse.