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SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
Blanc, fort renommé dans son art, se piqua au jeu, et portant àRouelle un de ses diamants, lui proposa de le soumettre auxmêmes épreuves, assurant qu’il ne souffrirait aucun dommage del’action du feu, pourvu qu’on lui permît de l’arranger à sa ma-nière (1).
Une nouvelle assemblée, formée de chimistes et de lapidaires,se forma donc au laboratoire de Rouelle. On laissa l’orfévre arran-ger ses diamants comme il l’entendait. Celui-ci remplit un creusetd’un mélange de poudre de charbon et de craie, plaça son diamantau milieu, et après avoir luté l’appareil avec soin, l’exposa à l’ac-tion du foyer. Après trois heures d’un bon feu, il retira soncreuset, et l’ouvrit avec ses confrères. Mais malgré toutes lesprécautions et les recherches, on ne trouva plus le diamant, quin’avait laissé dans le creuset que sa petite loge vide. Le Blancse retira la tête basse : « et confondu, dit Macquer, par un batte-» ment de mains presque général, mais non pas convaincu. »
Et en effet, les artistes étaient si peu convaincus, qu’un autrelapidaire, nommé Maillard, voulut aussi prendre la revanche del’aventure de Le Blanc, et s’offrit à renouveler l’expérience, sefaisant fort d’obtenir le résultat qui avait échappé à son confrère.
L’essai eut lieu, peu de temps après, au laboratoire de Cadet de Gassicourt . Maillard enferma trois diamants dans une tête de pipeà fumer, les entoura de poudre de charbon bien pressée, et intro-duisit le tout dans un creuset rempli de craie et revêtu de sable desfondeurs. Livrant alors le petit appareil aux chimistes, il leurpermit de le tourmenter par le feu le plus violent et le mieux sou-tenu. Macquer, bien édifié par les essais précédents, et souriantd’avance à la déconvenue du lapidaire, les soumit à un feu si rude,qu’au bout de deux heures, l’appareil était tout déformé par laviolence de la chaleur, et que tout menaçait de couler. On retiradonc le creuset pendant que Maillard, qüi n’avait jamais vu sesdiamants à une si rude épreuve, prenait toutes les précautionspossibles pour les retrouver, et ramassait les cendres et les larmesde matière fondue tombées du fourneau. Macquer, bien sûr de sonfait, regardaitcesapprêts avec une ironie mal déguisée; et comme
(i) Les artistes fondaient leur opinion sur une pratique en usage dans l’orfèvrerie,qui consiste à enfermer dans un creuset hien clos les diamants qui ont quelques ta-ches, et à les soumettre à un feu violent. La chaleur peut diminuer ou détruire^cestaches.