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SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
Lavoisier commença par s’assurer, en opérant en vases clos,c’est-à-dire en dirigeant les rayons solaires concentrés par leverre ardent, sur un diamant placé dans une cornue exacte-ment fermée, que ce corps n’est pas volatil, et que, par con-séquent, il n’avait pu disparaître par l’effet d’une simple dis-tillation. Il trouva ensuite que l’air est le seul gaz susceptiblede détruire le diamant, et que l’action est nulle dans un gaz im-propre à entretenir la combustion.il sut alors disposer un appa-reil pour recevoir le produit de cette combustion, et chercha d’a-bord à le recueillir dans l’eau. Mais rien ne vint se condenser dansl’eau durant l’expérience. Enfin il reconnut que ce produit étaitun gaz; il réussit à l’obtenir isolé, et trouva que c’était du gazacide carbonique..Il conclut dès lors, d’après la nature du produitde sa combustion, que le diamant est un corps fixe, combustible etprésentant la plus grande analogie avec le charbon. On a dit plusieursfois que Lavoisier avait immédiatement prononcé l’identité dudiamant avec le charbon ; cependant il ne tira pas une conclusionaussi avancée, car les faits n’étaient pas suffisants pour autoriserl’assimilation. Il se borne à indiquer que ces deux corps se rap-prochent d’une manière singulière, et il ajoute : « Il serait dérai-sonnable sans doute de pousser cette analogie trop loin. ■»
On aime, on admire, dans un'aussi éminent génie, la mesure decette sage réserve, qui maintient toujours l’induction dans la limitedes faits ; sa préoccupation continuelle, c’est de ne point sortir dudomaine de l’observation, et lorsqu’il s’aperçoit qu’en allant plusloin, il ajouterait quelque chose aux simples données de l’expé-rience, il ne dit que la moitié de sa pensée. Elle est complétée au-jourd’hui. Personne n’ignore que le charbon et le diamant sontle même corps sous un état extérieur différent ; c’est aujourd’huiune banalité scientifique. Mais la conclusion n’a été rigoureuseque lorsqu’on a vu un même poids de diamant et de charbon purdonner le même poids d’acide carbonique ; lorsqu’on a trouvé quele diamant peut réduire les oxydes métalliques, et changer le feren acier, tout aussi bien que le charbon.
Voilà comment Lavoisier , au milieu des plus délicats problè-mes, triomphait des obstacles qui avaient déjoué toute l’habiletédes hommes de son temps, et arrêtait, par l’éclat dame découverteimprévue, les incertitudes de l’opinion.