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SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
mable. Quand on met une terre métallique en contact avec du gaz in-flammable, le métal reparaît. Qu’arrive-t-il alors, sinon que la chauxmétallique à laquelle on restitue son phlogistique reprend l’état demétal? Le phlogistique existe donc, malgré qu’on en ait. »
Que répondre à ce raisonnement? On pouvait bien rejeterl’explication phlogisticienne, en montrant que le métal revi-vifié par l’hydrogène, pesait moins que la terre métallique em-ployée, et que, par conséquent, la réduction n’avait pu s’opérerau moyen de la fixation d’un corps nouveau. Lavoisier n’y man-quait pas, mais il était le seul de son avis; et comme, après tout,il sentait bien qu’il n’avait rien de satisfaisant à opposer aux in-crédules, il avait passé outre, laissant à l’avenir le soin de leverla difficulté.
Cependant il se détermina, en 1783, à rechercher, par des ex-périences, quel était décidément le produit de la combustion dece gaz inflammable, qui, à chaque instant, venait embarrasser samarche. Divers indices permettaient déjà d’espérer un résultatpositif. Scheèle avait observé, en brûlant le gaz hydrogène, quetout disparaissait, si bien que l’on aurait pensé qu’aucun produitparticulier ne prenait naissance. Mais plus tard Macquer, en es-sayant de retenir le produit de cette combustion , avait reconnuavec surprise que les parois du vase dans lequel elle s’opérait serecouvraient d’humidité. Priestley avait également des tracesd’eau dans les mêmes circonstances. Guidé par ces indications,encouragé par les vues de Laplace, Lavoisier se décida à répéterl’expérience de Priestley . Il avait fait déjà bien des tentativesinutiles ; mais il résolut d’opérer cette fois sur de telles masses degaz, qu’il faudrait bien que le produit, quel qu’il fût, de cettecombustion, se manifestât à ses yeux.
Sur ces entrefaites, et comme il disposait de ses appareils,arriva d’Angleterre Ch. Blayden, secrétaire de la Société royale deLondres. Il apprend le projet de Lavoisier , et court chez le chi-miste français :
« Monsieur Lavoisier , lui dit-il, l’expérience que vous préparez» vient d’être exécutée à Londres par M. Cavendish ; il n’en a pas» encore communiqué le résultat à la Société, mais depuis deux» ans, il s’occupait de ce travail, et il vient de le terminer. Le» produit delà combustion du gaz inflammable, c’est l’eau. Il» en a fabriqué plusieurs grains. »